Afrique : 15 milliards de dollars gaspillés annuellement sans raffinage local
L’Afrique en quête de valeur ajoutée : le défi des ressources énergétiques
Chaque année, l’Afrique perd environ 15 milliards de dollars en négligeant de transformer localement son pétrole brut et son gaz naturel, a souligné Farid Ghezali, secrétaire général de l’Organisation des producteurs de pétrole africains (APPO), lors du 9ᵉ Nigeria International Energy Summit qui s’est tenu à Abuja du 2 au 5 février 2026.
Près de 70 % du pétrole et 45 % du gaz du continent sont exportés à l’état brut, faute d’infrastructures de raffinage adéquates. Cette dépendance contraint l’Afrique à importer des produits pétroliers raffinés pour un montant dépassant les 120 milliards de dollars chaque année. Résultat : le continent perd non seulement des milliards, mais aussi des milliers d’emplois potentiels, alors que sa population continue de croître rapidement. « L’enjeu dépasse l’extraction ; il s’agit de transformer ces ressources en opportunités économiques tangibles », a affirmé M. Ghezali. Heineken Lokpobiri, ministre d’État nigérian du Pétrole, a de son côté insisté sur les bénéfices d’une transformation locale accrue pour les économies africaines.
Le financement constitue le principal écueil. Les coûts du financement atteignent en Afrique entre 15 % et 20 %, comparés aux 4 % à 6 % en Asie, bloquant plus de 150 projets stratégiques. De plus, les 18 compagnies nationales membres de l’APPO fonctionnent sans un marché financier commun, ce qui limite considérablement les synergies possibles.
Dans le but de renverser cette tendance, l’APPO envisage le lancement de la Banque africaine de l’énergie (AEB) à Abuja au premier semestre 2026. Cette institution ambitionne de mobiliser 200 milliards de dollars d’ici 2030 pour le développement des projets de transport et de transformation des hydrocarbures, avec en ligne de mire un premier objectif de 15 milliards dès les trois premières années, notamment grâce à la cotation des compagnies nationales.
Le Nigeria, bénéficiant de réserves considérables – 37 milliards de barils de pétrole et 209 000 milliards de pieds cubes de gaz –, aspira à jouer un rôle prépondérant dans cette dynamique. Parallèlement, Adama Barrow, président de la Gambie, a appelé à associer l’exploitation des hydrocarbures aux énergies renouvelables et à la justice climatique, tout en soulignant l’importance de rendre les financements plus accessibles dans le cadre de la transition énergétique.
Ainsi, en développant ses infrastructures et en créant des mécanismes de financement plus compétitifs, l’Afrique pourrait non seulement augmenter la valeur ajoutée de ses ressources énergétiques, mais aussi renforcer son autonomie et stimuler ses économies.