Afrique : montée rapide des eaux, un défi croissant depuis 2010

Accélération préoccupante de la montée des eaux en Afrique

Depuis les années 2010, les côtes africaines subissent une montée des eaux croissante, atteignant un rythme quatre fois plus rapide que dans les années 1990, selon une étude récente publiée dans la revue scientifique Communications Earth & Environment.

L’étude, intitulée « Accelerating sea level rise in Africa and its large marine ecosystems since the 1990s », repose sur l’analyse de données altimétriques satellitaires recueillies sur 31 ans, de 1993 à 2023. Rédigé par un groupe de chercheurs africains et occidentaux, le rapport révèle une augmentation d’environ 10,2 centimètres du niveau moyen de la mer, soit quelque 3,31 millimètres par an. Bien que ce chiffre soit comparable à la moyenne mondiale, l’Afrique montre des tendances particulièrement inquiétantes depuis 2010. En effet, une grande partie de cette élévation s’est produite après cette date.

Durant la décennie 1993-2002, le rythme annuel d’élévation était d’environ 0,96 mm, alors que de 2003 à 2012, il a grimpé à 2,93 mm par an. Entre 2013 et 2023, ce rythme a atteint 4,34 mm par an, montrant une nouvelle norme préoccupante, plutôt qu’un phénomène isolé.

Le rapport identifie deux principales causes à ce phénomène, largement lié au changement climatique : l’apport d’eau par la fonte des calottes glaciaires et l’expansion de l’eau due au réchauffement ou à une diminution de la salinité. En Afrique, 80 % de l’élévation du niveau de la mer résulte d’un apport supplémentaire d’eau, tandis que l’expansion thermique ne représente que 20 %.

Les zones les plus touchées incluent la mer Rouge et le Courant de Guinée, où les hausses de niveaux sont les plus marquées, contrairement à la Méditerranée dont les eaux salines deviennent plus denses, limitant ainsi l’expansion. L’élévation du niveau des mers affecte gravement les écosystèmes côtiers et menace les moyens de subsistance de 250 millions de personnes vivant le long des côtes africaines. Cela engendre des inondations, une érosion accrue, une perte de biodiversité, l’effondrement d’infrastructures, le déplacement des populations et une intrusion d’eau salée dans les nappes phréatiques.

Les villes côtières densément peuplées comme Lagos, Alexandrie et Dar es Salaam sont particulièrement à risque. À Lagos, en particulier, l’affaissement du sol pourrait doubler la fréquence des inondations d’ici 2050, affectant plus de 12 millions de personnes. Les projections indiquent que jusqu’à 117 millions d’Africains pourraient subir les conséquences d’une élévation de 0,3 mètre du niveau de la mer d’ici 2030. Ces défis sont amplifiés par l’urbanisation rapide et une planification côtière inadéquate, entraînant un enchaînement de risques interconnectés.

Alors que l’Afrique ne contribue qu’à 4 % des émissions mondiales de CO2, le continent subit les impacts disproportionnés du changement climatique. Cette situation met en lumière l’urgence de financer des mesures de lutte contre le changement climatique et de transférer des technologies pour soutenir l’adaptation en Afrique. La rapide accélération de la montée des eaux, passant de 0,96 mm/an dans les années 1990 à plus de 4,3 mm/an récemment, suggère que les stratégies d’adaptation actuelles pourraient être insuffisantes pour affronter les défis à venir.

Face à ces réalités, il est essentiel de prendre conscience de l’ampleur des transformations en cours et de l’urgence d’agir pour atténuer les impacts sur les écosystèmes et les populations concernées.