Antoine Bangui Rombaye : hommage à un écrivain et homme politique influent

L’écrivain Antoine Bangui Rombaye, une figure marquante du Tchad, s’éteint à 92 ans

Le 28 janvier, Antoine Bangui Rombaye, écrivain et ancien homme politique tchadien, est décédé à Avallon, en France, à l’âge de 92 ans.

Né en 1933 à Béyama, dans la région du sud du Tchad, Antoine Bangui a marqué de son empreinte le paysage intellectuel et politique africain. Éduqué comme professeur de mathématiques, il commence sa carrière en République centrafricaine avant de revenir enseigner dans son pays natal.

Rapidement, son engagement politique devient primordial. Il s’efforce de transformer les structures coloniales en une société plus équitable et libre. Sous la présidence de François Tombalbaye, il s’élève au sommet de la diplomatie, représentant le Tchad en Allemagne et en Italie. De retour dans son pays, il exerce plusieurs fonctions ministérielles, dont celle de ministre de la Coordination à la présidence. Ce passage au cœur de la gouvernance post-coloniale l’expose aux tensions entre ses idéaux d’émancipation et les pratiques autoritaires. Entre 1972 et 1975, il est emprisonné, victime des dérives d’un système qu’il servait avec loyauté mais sans aveuglement.

Cette période en prison marque un tournant décisif pour l’homme. À sa libération, suite à un coup d’État, il publie "Prisonnier de Tombalbaye" en 1980. Ce livre offre un témoignage poignant sur les illusions de l’indépendance et la brutalité des régimes post-coloniaux africains, marquant le début d’une série d’écrits engagés.

En 1981, il entame une nouvelle étape de sa vie à l’UNESCO à Paris, où il travaille jusqu’à sa retraite en 1993. Même s’il est à distance du tumulte de N’Djamena, il reste profondément lié à son pays par l’écriture.

Dans "Les Ombres de Kôh" (1983), Bangui ressuscite les voix de sa terre natale, explorant les rites et les connexions communautaires. En 1996, avec "Tchad : élections sous contrôle", il critique ouvertement les méthodes de gouvernance en place, révélant la réalité d’une transition démocratique dominée par le pouvoir militaire et l’ancienne puissance coloniale.

Son travail littéraire ne se limite pas à la politique. Il est également enraciné dans la mémoire culturelle du sud du Tchad. "Taporndal : petites chroniques du pays Gor et d’ailleurs" (2016) poursuit cette exploration en conjuguant traditions et évolutions sociales.

Grâce à sa plume perspicace, Antoine Bangui Rombaye a incarné une vigilance constante face aux défis du Tchad contemporain. Son œuvre, enrichie par ses expériences vécues — diplomatie, politique, détention, exil — et guidée par une éthique rigoureuse, continue à éclairer les dynamiques politiques africaines. Sa disparition laisse derrière lui un précieux héritage littéraire et intellectuel.