« Belém : au cœur d’un sommet sur l’échec moral et la thérapie, les enjeux du futur »

COP de l’Amazonie : Entre promesses et tensions, un sommet sous tension

La Conférence des Parties (COP) sur le climat, intitulée "Conférence de presse sur la vérité", a révélé des tensions géopolitiques lourdes, marquées par une rhétorique ambitieuse et des absences significatives.

Tenue à Belém, près de l’embouchure de l’Amazone, ce sommet, qui s’est déroulé du 10 au 14 novembre, a été l’occasion pour les dirigeants mondiaux de tirer la sonnette d’alarme face à des enjeux climatiques graves. Les discussions ont été dominées par trois réalités majeures : l’urgence existentielle mise en avant par les chefs d’État, l’absence notoire des États-Unis, et les tensions croissantes entre les instances officielles et les peuples autochtones dont cette COP était censée défendre les intérêts.

Le premier jour de la conférence a été marqué par un discours d’ouverture cinglant du Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, qui a qualifié la limite de 1,5 °C de réchauffement climatique de "ligne rouge" pour la planète. Guterres a pointé du doigt l’échec moral de la communauté internationale à respecter cette limite, estimant que chaque fraction de degré entraîne davantage de souffrances, de déplacements forcés et de pertes humaines. Il a également alerté sur l’augmentation continue des émissions de gaz à effet de serre, soulignant des prévisions inquiétantes concernant les températures mondiales.

Le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva, qui a ouvert le sommet, a poursuivi dans la même veine en évoquant les graves conséquences d’un réchauffement de 2,5 °C, prédisant 250 000 décès supplémentaires par an et une chute de 30 % du PIB mondial. Il a articulé sa position autour de l’idée que la lutte contre le réchauffement climatique devait inclure une lutte contre les inégalités socio-économiques.

L’absence des États-Unis, un acteur souvent central dans les négociations climatiques, a toutefois assombri le tableau. Pour la première fois dans l’histoire des COP, les États-Unis n’ont envoyé aucun délégué officiel, les plaçant dans la même catégorie que des pays comme l’Afghanistan et le Myanmar. Cette situation a été perçue comme un vide alarmant, engendrant de vives critiques de la part de nombreux dirigeants. Le président colombien, Gustavo Petro, a exprimé son indignation, qualifiant l’attitude de l’ex-président américain Donald Trump d’ "antihumanitaire".

Les États-Unis n’étant pas représentés, certains gouverneurs d’États, tels que Gavin Newsom de Californie, ont cherché à combler ce manque en affirmant leur volonté d’agir. Newsom a insisté sur l’importance de son État en tant que partenaire fiable en matière de politique environnementale, notant l’absence de leadership à l’échelle nationale.

Dans ce climat de tension, les négociations techniques au sein des salles de conférence ont rapidement atteint une impasse. Dès le premier jour, la présidence brésilienne a suggéré de séparer certains points sensibles, créant ainsi une nouvelle dynamique de dialogue. Les discussions sur le financement climatique, la transparence des informations et la pertinence des contributions nationales ont cristallisé les divergences entre les nations.

Face à cette situation de blocage, la stratégie du président de la COP30, André Correa do Lago, a surpris. I a invité les délégations à participer à des "séances de thérapie", suggérant que ce cadre pourrait permettre d’échanger librement leurs préoccupations, tout en demandant l’envoi de "lettres d’amour" pour relater leurs véritables sentiments. Cette approche a été vue à la fois comme audacieuse et désespérée.

Parallèlement aux discussions techniques, un autre conflit s’est intensifié en dehors des murs de la conférence. Une flottille de cinq mille militants, représentant les peuples autochtones, a manifesté leur mécontentement face à ce qu’ils qualifient d’exclusion des processus qui les concernent. Les manifestations devant le site du sommet ont conduit à des tensions avec les forces de sécurité. Des membres de la communauté autochtone des Munduruku ont bloqué l’accès, exprimant leur indignation face à la manière dont leurs territoires sont traités sans consultation.

Au fil des jours, la COP de l’Amazonie a pris conscience des combats à mener contre les forces de l’ancienne économie, notamment le lobby des énergies fossiles. Un rapport a mis en lumière la présence de lobbyistes dans les delegations, indiquant qu’un délégué sur 25 était lié à ce secteur. En réponse à la défiance croissante, un groupe de douze pays a signé une Déclaration sur l’intégrité de l’information relative au changement climatique, reconnaissant la nécessité de traiter la désinformation qui entoure souvent les négociations climatiques.

Malgré ce contexte troublé, quelques initiatives ont vu le jour. Le Brésil a annoncé son programme "Tropical Forest Forever Facility", soutenu par un engagement financier de 3 milliards de dollars de la Norvège pour la protection des forêts tropicales. Une avancée significative est également émergée avec l’annonce d’un nouvel accord mondial visant à renforcer les droits fonciers des communautés autochtones.

À l’issue de cette première semaine, les délégués doivent faire face à un paradoxe. Alors que les discours appelaient à un changement radical, les négociations semblaient se perdre dans une forme de "thérapie". La résidence pour la "COP de l’Amazonie" était entourée de barrières de sécurité, et la présence des États-Unis manquait à l’appel. Le sommet promet encore de révéler les vérités qui se cachent derrière ce flot de rhétorique, alors que les participants se préparent à une seconde semaine de délicates négociations.