Burkina Faso : appel aux Nations Unies pour une prise en compte

Coopération : le Burkina Faso exige des Nations unies un regard lucide sur ses réalités sécuritaires

Le Burkina Faso insiste sur la nécessité pour les Nations unies d’adopter une approche plus réaliste et en cohérence avec les véritables conditions sécuritaires du pays. Lors d’une récente visite au Burkina, l’Envoyée spéciale du Secrétaire général de l’ONU, Sahle-Work Zewde, a été reçue par le ministre des Affaires étrangères, Karamoko Jean-Marie Traoré. Cette rencontre se déroulait dans le cadre d’une mission qui a pour objectif d’évaluer le travail du Bureau régional des Nations unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel (UNOWAS), basé à Dakar.

Sahle-Work Zewde, ancienne cheffe d’État de la République démocratique fédérale d’Éthiopie, a souligné que cette démarche vise à recueillir les perceptions des autorités burkinabè sur les interventions des agences onusiennes. Cela devrait permettre d’harmoniser les actions menées par l’ONU avec les réalités de la sous-région sahélienne.

« L’objectif est de voir comment les mandats de l’UNOWAS peuvent correspondre à la dynamique sur le terrain », a précisé l’Envoyée spéciale. Elle a également mentionné que les conclusions de sa mission seront déterminantes pour éclairer les décisions du Conseil de sécurité concernant le Burkina Faso.

En réponse, le ministre des Affaires étrangères a salué cette initiative tout en faisant part de ses craintes concernant certaines lacunes dans l’analyse des contextes nationaux par l’ONU. Traoré a pointé du doigt le manque de compréhension des réalités locales, qui limite l’efficacité des interventions de l’Organisation. Il a ainsi appelé à des réformes profondes au sein de l’ONU, affirmant que l’organisation internationale doit mieux reconnaître les contextes spécifiques des États membres.

« Malheureusement, nos organisations, reposant sur des principes, souvent aboutissent à des diagnostics erronés basés sur de faux rapports, ce qui conduit inévitablement à des échecs », a-t-il déclaré. Le ministre a plaidé pour une redéfinition des approches et des principes d’engagement, faisant valoir que les pays africains demeurent souverains et doivent être respectés en tant que tels.

Le ministre Traoré a également mis en lumière la réalité politique actuelle du Burkina Faso et des pays voisins. Il a expliqué que l’émergence des régimes militaires dans ces nations découle de frustrations accumulées par le passé et du fait que les dirigeants actuels sont, pour la plupart, des acteurs engagés dans la lutte contre l’insécurité. La priorisation de la sécurité nationale sur les élections a été une constante dans les déclarations des autorités burkinabè, mettant en évidence leur engagement à rétablir la sécurité avant de considérer des processus électoraux.

« Si nos dirigeants avaient été uniquement motivés par le pouvoir, ils auraient pu organiser rapidement des élections après les coups d’État. Cependant, leur priorité est de garantir la sécurité de leurs pays », a-t-il soutenu, ajoutant que le renforcement des capacités opérationnelles des forces armées reste central.

Le ministre a également réclamé une meilleure reconnaissance de la part des partenaires internationaux des progrès réalisés par les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) dans diverses sphères. Selon lui, les rapports souvent biaisés ne rendent pas justice aux efforts sur le terrain et ne favorisent qu’un climat de méfiance vis-à-vis des aides extérieures.

« Ne nous félicitez pas, mais dites simplement ce qui est juste dans nos pays », a-t-il affirmé, soulignant que la crédibilité des organisations internationales repose sur leur capacité à refléter la vérité des faits.

Pour conclure, Karamoko Jean-Marie Traoré a appelé les Nations unies à intégrer ces nouvelles réalités dans leur analyse et à adapter leur accompagnement pour soutenir les choix souverains des États africains. Il a mis l’accent sur la nécessité de renforcer les liens entre l’ONU et les États concernés, soulignant l’importance de l’UNOWAS comme un acteur crucial pour le développement d’un partenariat efficace en matière de sécurité régionale.