CEDYS : prioriser la diplomatie entre Tchad et Niger
Le Centre d’études des dynamiques sociales (CEDYS) tire la sonnette d’alarme sur les tensions croissantes entre le Tchad et le Niger. Dans son récent rapport, le think tank met en garde contre les risques que ces conflits pourraient poser à la sécurité du Sahel central. Le document, co-rédigé par Yamingué Betinbaye, Ndilbé Mbaïnguem François et Babouh Tih-Kwada Elisabeth, met en lumière les conséquences néfastes de ces frictions sur la coopération régionale en matière de sécurité.
Les conflits entre ces deux nations voisines ont vu le jour sur fond d’accusations réciproques, notamment après qu’un incident survenu fin octobre 2026 a ravivé les tensions. Le Niger a accusé le Tchad d’avoir orchestré une attaque de drone meurtrière à Emi Lulu, dans la région d’Agadez, prétendument soutenue par la France. Le Tchad a nié ces accusations et demandé des enquêtes pour faire toute la lumière sur ces événements.
Ces tensions ne sont pas nouvelles et trouvent leurs racines dans plusieurs incidents antérieurs. En effet, à l’Assemblée générale des Nations unies en septembre, des tensions similaires avaient déjà été évoquées, notamment après une tentative de coup d’État déjouée au Niger en août.
Le CEDYS insiste sur la nécessité de la diplomatie pour désamorcer cette situation tendue. Les deux nations partagent une frontière de près de 1 200 kilomètres et font face à des défis sécuritaires communs tels que le terrorisme, les groupes rebelles, les djihadistes et divers trafics. L’histoire récente a montré que les deux pays sont capables de coopération malgré les tensions. En 2023, par exemple, le Tchad avait été sollicité pour aider à réintégrer le Niger dans la CEDEAO.
Les influences internationales exacerbent également la méfiance entre le Niger et le Tchad. La proximité du Tchad avec la France est au cœur de certains soupçons nigériens, surtout après que Niamey a rompu ses accords de défense avec Paris alors que N’Djamena a maintenu ses relations avec l’ancien colonisateur.
Le rapport du CEDYS note cependant un signe encourageant : les récentes discussions diplomatiques entre les deux pays lors du sommet Russie-Afrique à Moscou montrent une ouverture vers le dialogue. Ces échanges pourraient être le signe d’une désescalade tant attendue.
Pour favoriser une résolution apaisée du conflit, le CEDYS propose trois recommandations. Tout d’abord, il incite les gouvernements nigérien et tchadien à utiliser principalement les canaux diplomatiques pour régler leurs différends et restaurer la confiance mutuelle. Ensuite, le think tank appelle les acteurs régionaux et internationaux à soutenir des enquêtes impartiales sur les événements récents, afin d’établir la vérité et d’éviter les malentendus. Enfin, il encourage la société civile, les médias, les universitaires et les leaders d’opinion à militer en faveur de la diplomatie et contre l’escalade des tensions.
Le renforcement de la coopération entre le Tchad et le Niger est vital pour la sécurité et la stabilité de la région du Sahel central. Le dialogue reste donc, selon le CEDYS, le moyen le plus efficace et durable pour surmonter les obstacles actuels et faire face ensemble aux défis sécuritaires.