Ces héros discrets qui nettoient N’Djamena : un défi quotidien pour l’environnement

Une initiative citoyenne face aux carences municipales à N’Djaména

Aux premières heures matinales, les rues de N’Djaména, capitale du Tchad, voient déambuler de jeunes éboueurs improvisés, une solution informelle répondant à l’absence criante de gestion des déchets par la municipalité.

Dans le quartier populaire de Moursal, située dans le 6e arrondissement, l’atmosphère est imprégnée de l’odeur persistante des déchets. À 6 heures du matin, Geneviève, mère de quatre enfants, traîne un sac plastique rempli d’ordures devant sa maison. Elle raconte : « La mairie n’a pas mis en place de système de gestion des déchets ici. Nous sommes obligés de payer des jeunes pour ramasser nos ordures chaque matin. » Un scénario quotidien pour de nombreux habitants de la capitale, faute d’un service public efficace et en l’absence de bacs à ordures dans plusieurs quartiers.

Ces jeunes, porteurs de sacs, ont changé le visage de la collecte des déchets ménagers. Moussa, âgé de 29 ans, s’est lancé dans ce métier il y a un an. « Je gagne entre 1 000 et 2 000 francs CFA par jour en collectant les ordures de dix à quinze maisons. Les gens me paient 100 à 200 francs par sac », explique-t-il. Chaque matin, dès 6 heures, il arpente les concessions, ramassant les sacs laissés par les habitants.

Cependant, le parcours de ces jeunes éboueurs ne s’arrête pas aux concessions. Contraints par la distance et le manque de temps, beaucoup d’entre eux préfèrent déverser les déchets sur les berges du fleuve Chari, transformant ainsi ce majestueux cours d’eau en un dépotoir à ciel ouvert. « Aller jusqu’à la décharge officielle est trop loin, et nous n’avons pas le choix… le fleuve est juste là », se justifie Moussa.

Le silence règne du côté des autorités municipales, malgré les efforts déployés par certaines associations qui tentent de sensibiliser la population à la propreté et à l’environnement. La ville, avec son urbanisation rapide, voit ses quartiers s’étendre plus vite que ne peuvent le gérer les services municipaux.

Ainsi, la situation à N’Djaména met en lumière un défi de taille pour les autorités locales, face aux initiatives citoyennes qui tentent tant bien que mal de pallier à une gestion municipale désorganisée des déchets.