Cession de la SONACIM à CIMAF : les enjeux d’une opération contestée
Cession de la SONACIM au Tchad : Entre Analyse Économique et Fervente Réaction Publique
La cession en cours de la Société nationale de ciment (SONACIM) du Tchad au groupe marocain CIMAF suscite une vive agitation, tant sur les réseaux sociaux que dans les médias.
Le transfert d’une entreprise d’État vers un acteur privé, dans ce cas le groupe marocain CIMAF, est au centre d’un débat intense à N’Djamena. Cette opération, officialisée par une convention signée le 10 novembre 2025, s’inscrit dans le cadre du Plan national de développement "Tchad Connexion 2030", visant à moderniser l’économie du pays et attirer des investissements extérieurs.
Le processus de cession n’a pas été improvisé. Le gouvernement tchadien a lancé un appel d’offres international en décembre 2024, suivi de multiples étapes, dont un protocole d’accord en avril 2025. Cette initiative vise à injecter des capitaux pour moderniser les installations de la SONACIM, renforçant ainsi l’offre locale en ciment, essentiel à l’infrastructure nationale.
Cependant, ces derniers jours, des documents administratifs, parfois sortis de leur contexte, ont circulé sur les plateformes numériques, alimentant méfiance et interrogations parmi la population. Les inquiétudes semblent se cristalliser autour de la transparence du processus et des impacts sociaux potentiels.
Sur le plan juridique, financier et social, les démarches techniques sont en cours d’après des experts. La Commission de la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC) a donné son aval en janvier 2026, assurant ainsi un cadre supranational à l’opération.
Le personnel de la SONACIM, régulièrement informé, est actuellement évalué. Le calcul des droits sociaux est en cours, nécessitant une double vérification de la part des autorités compétentes avant tout versement. Ce type de mesure vise à sécuriser juridiquement la situation des employés et prévenir d’éventuelles contestations.
Le groupe CIMAF s’est engagé à investir 12 milliards de francs CFA en cinq ans pour moderniser les équipements, en plus du prix d’acquisition de 36,5 milliards de francs CFA. Sur l’emploi, une partie du personnel pourrait être conservée, tandis que les autres seraient redéployés dans la fonction publique.
Un point essentiel réside dans le fait que l’État tchadien et les collectivités locales conserveront 30 % des actions de la société, illustrant un modèle de partenariat public-privé plutôt qu’un désengagement total.
L’ampleur du débat public repose en partie sur des fuites de documents internes, non encore validés, et leur analyse fragmentaire. Dans un contexte de défiance envers les élites économiques et politiques, la moindre information sur des restructurations peut être interprétée comme suspecte. Pourtant, ces ajustements sont courants dans toute fusion-acquisition.
La question centrale demeure celle de la communication institutionnelle, souvent insuffisante et tardive, laissant place aux rumeurs et spéculations. L’opération de cession de la SONACIM met en lumière les défis de la pédagogie économique dans un pays en pleine réforme, soucieux d’attirer des capitaux pour accélérer son développement.