Concours de la fonction publique : la lutte entre mérite et contestation des diplômés s’intensifie
Recrutements locaux : Contestations autour d’une réforme des concours de la fonction publique au Tchad
Le président tchadien, Mahamat Idriss Déby Itno, a récemment réaffirmé l’importance du mérite dans le cadre des recrutements à la fonction publique, lors d’un discours adressé à la nation. Il a souligné que l’organisation de concours pour les recrutements se ferait désormais à un niveau provincial, une initiative qui s’inscrit dans un processus de décentralisation visant à rendre le système plus inclusif.
Le ministre des Finances, en présentant le budget pour l’année 2026 devant les parlementaires, a précisé que les conseils provinciaux seraient désormais responsables de l’organisation des concours ouverts à tous les Tchadiens. Cette mesure entend permettre une meilleure gestion des ressources humaines au sein de l’administration publique, en associant davantage les communautés locales à la sélection de leurs agents.
Cette réforme a trouvé un écho favorable chez deux sénateurs de la ville de N’Djamena, Mariam Ahmat Djemil et Ibrahim Wang Laouna Foullah. Au cours de leurs visites dans les différents arrondissements, ils ont précisé que la décentralisation toucherait même les niveaux les plus bas, tels que les quartiers et les arrondissements. Mariam Ahmat Djemil a ainsi affirmé : « Dorénavant, les communes doivent recruter les diplômés de leur circonscription. »
Cependant, cette initiative rencontre une résistance manifeste parmi de nombreux diplômés, en particulier ceux issus des Écoles normales supérieures (ENS) et des instituts nationaux. Ces étudiants remettent en question la nécessité de passer un concours supplémentaire pour intégrer la fonction publique, arguant que leur admission dans ces institutions prestigieuses devrait suffire. Un ancien diplômé a exprimé son indignation : « Si on nous demande encore de passer un concours, c’est que nos formations sont mises en doute ou qu’il y a des failles. »
Une partie des diplômés va même jusqu’à revendiquer une réforme en profondeur, remettant en question la pertinence de leur formation si le double parcours devient une norme. Ils estiment que le système favorise une élitisme qui discrimine les enfants de famille modeste. Le samedi 20 décembre 2025, une réunion aux airs de cri de désespoir s’est tenue à N’Djamena, où des lauréats des Écoles normales ont organisé une conférence de presse pour exprimer leur mécontentement face à l’adoption d’une loi rendant le concours l’unique voie d’accès à la fonction publique. Ces diplômés considèrent cette décision comme une trahison par rapport aux promesses d’intégration directe stipulées à leur admission.
Dans ce contexte tendu, des voix se sont élevées pour suggérer que l’État devrait favoriser l’investissement privé comme alternative à cette crise du secteur public. L’idée d’obliger les entreprises à recruter desnationaux fait également son chemin. Pour certains, le statu quo de la fonction publique nécessite une réforme drastique, sinon une suppression totale, si celle-ci ne parvient pas à garantir l’équité tant promise.
Bien que le concours demeure en théorie un vecteur de recrutement méritocratique, sa légitimité est en proie à des doutes concernant son efficacité et l’intégrité du processus, exacerbé par des scandales de corruption. Le défi majeur auquel font face les autorités est d’instaurer un processus transparent et crédible, surtout aux yeux des jeunes diplômés.
Il est intéressant de noter que d’autres pays africains, en particulier en Afrique centrale et de l’Ouest, expérimentent des réformes similaires. En République du Congo, par exemple, les candidats doivent obtenir une autorisation de la fonction publique pour participer aux concours administratifs. D’autres nations de l’UEMOA (Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Mali, Niger, Sénégal) mettent en œuvre des réformes visant à moderniser leurs administrations, en intégrant des concours pour accéder à des écoles spécialisées.
L’approche par compétences, actuellement expérimentée dans plusieurs pays, tels que le Bénin, le Sénégal, le Rwanda et l’Afrique du Sud, cherche à améliorer la qualité de la formation, y compris celle des fonctionnaires. Dans le secteur éducatif au Bénin, certaines fondations, comme la Fondation Espace Afrique, soutiennent la formation des élèves en proposant des cours de soutien.
Ces initiatives visent, en théorie, à garantir la compétence et la transparence au sein des administrations. Cependant, le chemin vers la mise en œuvre de ces réformes est semé d’embûches, comme le montre la situation actuelle des diplômés au Mali. Au Tchad, cette première tentative d’introduire un système décentralisé pour le recrutement ouvre potentiellement une nouvelle ère pour les jeunes diplômés, avec des promesses d’égalité et d’opportunités. Reste à voir si ces réformes sauront répondre aux attentes formulées et restaurer la confiance envers les institutions.