Conférence à l’ENA : Débat sur la Décentralisation et l’Avenir des Conseils Provinciaux au Tchad

Une conférence sur la décentralisation suscite l’intérêt à l’ENA

L’École Nationale d’Administration (ENA) a récemment accueilli une conférence-débat animée par Albert Pahimi Padacké, sénateur et ancien Premier ministre, sur le thème crucial de la décentralisation et son rôle dans le développement à travers les conseils provinciaux.

Déroulement de l’événement

Le 29 mai, l’amphithéâtre de l’ENA était rempli d’étudiants, fonctionnaires en formation, administrateurs civils, et acteurs politiques venus écouter Albert Pahimi Padacké, une figure clé de la politique tchadienne. Fort de son expérience en tant que Premier ministre à deux reprises et sénateur, il a captivé l’assistance avec une intervention claire, structurée et ancrée dans le réalisme.

Dès l’introduction de son discours, Padacké a exprimé sa satisfaction de débattre d’un sujet aussi essentiel que la décentralisation, particulièrement en se concentrant sur les conseils provinciaux, moteurs potentiels du développement local. Il a souligné l’importance historique de cette démarche, évoquant son accélération dans les années 1990 sous l’impact des transitions démocratiques en Afrique, des pressions des bailleurs de fonds et d’un paradigme de bonne gouvernance axé sur les citoyens.

Importance et obstacles

La question principale abordée durant la conférence était de savoir si les conseils provinciaux jouent déjà ou peuvent devenir des vecteurs de développement. Padacké a développé son intervention autour de trois axes principaux : les fondements politiques de la décentralisation, les obstacles actuels, et les solutions pour renforcer ces entités locales.

Le processus de décentralisation trouve ses origines dans la Conférence Nationale Souveraine de 1993, qui opta pour un État unitaire mais fortement décentralisé, une orientation confirmée par les constitutions successives, y compris celle de la 5e République en 2023. Plusieurs lois organiques ont alors concrétisé la répartition des compétences entre l’État et les collectivités autonomes.

Padacké a insisté sur le transfert des compétences et des ressources, conformément au principe de subsidiarité, stipulant que les décisions doivent être prises au niveau le plus proche des citoyens. Bien que la loi organique n°28 transfère certaines compétences aux conseils provinciaux, des textes d’application sont encore nécessaires pour opérationnaliser pleinement ces changements.

Contexte et perspectives

Le sénateur a également dressé un constat des freins actuels : lenteurs dans le transfert des ressources, capacités techniques et administratives des conseils provinciaux limitées, problèmes de gouvernance locale et manque de coordination entre administration déconcentrée et collectivités autonomes.

Pour remédier à ces difficultés, l’ancien Premier ministre a proposé plusieurs pistes : accélération du transfert des ressources, renforcement des capacités des élus et agents, mise en place de mécanismes de suivi et évaluation, et respect du principe de subsidiarité. Il a souligné l’importance de l’implication de la société civile et des partenaires au développement pour une décentralisation efficace.

Conclusion

La réussite de la décentralisation, a-t-il conclu, est cruciale pour un développement équilibré et pour rapprocher l’administration des citoyens. Cela passe par une appropriation claire des enjeux par les futurs administrateurs, condition essentielle à l’essor des régions et à l’amélioration des services publics locaux.