De la consommation ostentatoire à l’investissement pour l’avenir de la nation
N’Djamena : La Réussite Redéfinie face au Chômage des Jeunes
À N’Djamena et à travers tout le Tchad, le triptyque « Villa, Voiture, Famille » continue de symboliser la réussite. Cependant, cette vision conventionnelle est désormais remise en question, surtout dans un contexte où le chômage des jeunes atteint des niveaux préoccupants. La question se pose : la véritable réussite pourrait-elle résider non pas dans les possessions matérielles, mais dans la capacité à créer des emplois pour autrui ?
Un Modèle de Réussite Traditionnel
Pour de nombreux Tchadiens, le parcours vers le succès semble tracé. L’itinéraire habituel commence par l’obtention d’un diplôme, suivi de la recherche d’un emploi, souvent dans le secteur public ou au sein d’organisations internationales. Une fois ces étapes atteintes, l’individu aspire à acquérir une maison spacieuse et un véhicule tout-terrain. Toutefois, une fois ces objectifs atteints, un effet de lassitude s’installe, transformant ceux qui se considèrent comme "réussis" en simples consommateurs.
Cette dynamique est alarmante. De nombreux membres de l’élite économique semblent privilégier des loisirs éphémères et des dépenses somptuaires, comme les mariages multiples, au détriment d’investissements dans des secteurs susceptibles de générer de l’emploi. La jeunesse tchadienne se trouve alors confrontée à cette fuite de capitaux, qui leur semble être une occasion manquée de construction d’un avenir.
La Déception d’une Génération
Djorwé, jeune diplômé en géographie, exprime son désenchantement face à un manque d’initiative entrepreneuriale parmi ses contemporains. Pour lui, l’aisance financière n’est souvent pas accompagnée d’une volonté collective de créer de l’emploi. « Certaines personnes ont de l’argent, mais choisissent de mener une vie de luxe. S’ils investissaient plutôt, cela profiterait à tout le monde », souligne-t-il, illustrant ainsi le fossé qui existe entre les ressources disponibles et leur application bénéfique.
Cette réalité met en lumière un problème structurel au Tchad : l’absence d’une culture d’investissement productif. Dans un pays fortement touché par le sous-développement, chaque franc dépensé dans des plaisirs fugaces est perçu par les jeunes diplômés comme une opportunité de création d’emplois perdue.
Un Appel à l’Entrepreneuriat
Face à la montée des diplômés, le gouvernement tchadien peine à intégrer l’ensemble de cette jeunesse sur le marché du travail. Le secteur privé est appelé à jouer un rôle clé, surtout pour ceux qui disposent de capitaux. Anicet, entrepreneur local, voit l’entrepreneuriat comme un devoir patriotique. Pour lui, le salaire ne devrait pas être perçu comme une fin en soi, mais comme un levier pour créer davantage de valeur. « Avec un bon emploi, nous devrions viser à créer, mais ce n’est pas la mentalité dominante », regrette-t-il.
Le Tchad devra impérativement opérer un changement de paradigme pour innover et progresser. La notion de "pierre à l’édifice" évoquée par les jeunes doit trouver sa résonance dans le monde économique, se traduisant par des investissements qui bénéficient à la collectivité.
Une Nouvelle Perspective sur la Réussite
Demain, la réussite au Tchad pourrait ne plus se mesurer à l’aune de la possession d’une villa ou d’une voiture de luxe, mais plutôt par la capacité à affirmer : « Grâce à mon investissement, dix jeunes Tchadiens ont un emploi et une dignité restaurée ». Ce défi encourage une transformation des mentalités, où le luxe ostentatoire pourrait céder la place à l’audace de bâtir un avenir plus prometteur pour tous.
Dans cette optique, réévaluer la définition du succès est essentiel pour un Tchad en quête de développement durable et inclusif. Pour que cette vision se matérialise, un engagement collectif et des initiatives audacieuses sont nécessaires pour favoriser un écosystème entrepreneurial qui bénéficie non seulement aux individus, mais à l’ensemble de la société.