Des dirigeants mondiaux s’unissent pour réformer le développement social face aux crises actuelles
Un Sommet mondial pour un développement social inclusif : retour sur l’événement à Doha
Le Sommet pour le développement social s’est tenu du 4 au 6 novembre au Centre national des congrès du Qatar, rassemblant des dirigeants mondiaux, des acteurs du secteur privé et de la société civile, dans un contexte marqué par des inégalités croissantes et une transformation technologique rapide.
Convoqué par l’Assemblée générale des Nations Unies, l’événement avait pour but de traiter des défis contemporains en matière de développement social. En réaffirmant les dix engagements de la Déclaration de Copenhague de 1995, le Sommet visait à accélérer la mise en œuvre de mesures destinée à éradiquer la pauvreté, promouvoir le plein emploi et renforcer l’inclusion sociale. Une attention particulière a également été portée au Programme de développement durable à l’horizon 2030.
Le Sommet a été précédé d’une journée d’événements préparatoires où les acteurs se sont préparés à redéfinir les stratégies nécessaires pour bâtir un monde plus résilient, inclusif et durable.
Jour 1 : Mécanismes de mise en œuvre et transferts de fonds
La première journée a été consacrée à des discussions sur les moteurs fondamentaux du développement et les politiques nécessaires à leur mise en œuvre. Un événement parallèle a particulièrement retenu l’attention : « Exploiter le potentiel des transferts de fonds et des contributions de la diaspora pour le développement social en Afrique ». Organisé par la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA), en collaboration avec les gouvernements du Ghana et de la Tunisie, cet événement a été ouvert par Hanan Morsy, économiste en chef de la CEA.
Morsy a présenté des données frappantes montrant que les transferts de fonds vers le continent africain devraient atteindre 100 milliards de dollars d’ici 2024, représentant désormais 5,1 % du PIB africain. Ce flux financier, qui surpasse l’aide publique au développement et les investissements directs étrangers, apparaît comme l’une des sources les plus stables de financement pour le développement en Afrique. Les discussions ont également inclus la participation de l’honorable Agnes Naa Momo Lartey, ministre ghanéenne du Genre, de l’Enfance et de la Protection sociale, qui a mis en avant l’importance d’intégrer ces fonds dans les stratégies nationales de lutte contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale.
Lors d’une Table ronde de haut niveau, Alberto Arenas de Mesa, directeur de la Division du développement social de la CEPALC, a proposé que les cinq commissions régionales des Nations Unies jouent un rôle central dans la mise en œuvre des résultats du Sommet. Ce sujet a été renforcé par la récente Conférence régionale sur le développement social en Amérique latine et dans les Caraïbes qui avait déjà chargé la CEPALC de déterminer une stratégie régionale pour appliquer les futurs accords de Doha.
Jour 2 : Mobilisation des ressources
La deuxième journée a été marquée par des discussions sur le financement, l’un des principaux obstacles au progrès social. Lors du Forum du secteur privé, la Présidente de l’Assemblée générale des Nations Unies, S.E. Mme Annalena Baerbock, a insisté sur la nécessité de mobiliser les capitaux privés pour combler un déficit annuel de financement de 4 000 milliards de dollars en ce qui concerne les Objectifs de développement durable (ODD).
Baerbock a affirmé que le financement public ne suffira pas à lui seul, et a pris soin de préciser que la mobilisation du secteur privé doit être perçue comme un intérêt commercial direct plutôt que comme un acte de charité. Ses arguments se basent sur des données démontrant que les entreprises affichant des performances solides en matière environnementale, sociale et de gouvernance (ESG) bénéficient de marges opérationnelles supérieures de 10 % et d’un coût du capital plus bas de 20 %.
Les modèles commerciaux inclusifs pourraient générer des opportunités de marché évaluées à 12 000 milliards de dollars et créer 380 millions d’emplois d’ici 2030. Baerbock a cité comme exemple le potentiel des investissements dans les énergies renouvelables en Afrique, exhortant le secteur privé à lever les obstacles à la circulation des capitaux en instaurant un environnement propice basé sur la confiance.
M. Junhua Li, Secrétaire général adjoint des Nations Unies aux affaires économiques et sociales, a ensuite annoncé l’adoption de la Déclaration politique de Doha, qu’il a appelée un « engagement collectif » pour renforcer le multilatéralisme et accélérer le développement social, insistant pour qu’aucune personne ne soit laissée de côté. Cette déclaration vise à consolider les engagements de Copenhague, mais aussi à définir de nouveaux objectifs pour aborder des enjeux contemporains tels que la transformation numérique et le changement climatique.
Jour 3 : Adoption de la Déclaration de Doha
Le dernier jour du Sommet a été marqué par l’adoption officielle de la Déclaration politique de Doha, symbole d’un consensus international renouvelé. Le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a qualifié cette déclaration de « coup de pouce au développement » et d’un « plan pour les peuples ». Dans son discours, il a souligné l’importance de créer des opportunités pour les plus vulnérables, basées sur des principes de justice sociale et de dignité humaine.
Cette déclaration renforcera les actions autour des efforts pour éradiquer la pauvreté, garantir un travail décent et promouvoir l’inclusion sociale. Elle appelle également à une protection sociale universelle, à un accès équitable aux soins de santé et à l’éducation, ainsi qu’à de nouvelles stratégies contre la désinformation, tout en soulignant l’importance cruciale d’un environnement numérique sûr.
Un point notable au cours de ce dernier jour a été l’adoption d’une déclaration spécifique visant à mettre en valeur la contribution du sport au développement durable. Le Comité international olympique (CIO) a soutenu ce projet, avec sa présidente Kirsty Coventry invitant les gouvernements à transformer la reconnaissance des bénéfices du sport en investissements concrets.
Les discussions des jours précédents ont été ancrées dans des réalités nationales, illustrées par plusieurs États. Le Brésil a fait savoir que ses récentes initiatives avaient permis de sortir 24,4 millions de personnes de la faim. L’Afrique du Sud a également mentionné l’extension de sa protection sociale, mais a reconnu les défis du chômage des jeunes qui persistent. L’Angola a par ailleurs annoncé un programme de transferts monétaires touchant 1,7 million de familles vulnérables. De son côté, le représentant palestinien, soutenu par le Liban et l’Iran, a déclaré que le conflit et l’occupation sapent les bases du progrès social.
Les commissions régionales des Nations Unies ont également été sollicitées pour formuler leur rôle au sein de ce cadre. Alberto Arenas de Mesa a insisté sur l’importance d’un rapport régional militant pour un « pacte mondial pour un développement social inclusif », soulignant ainsi le besoin d’un suivi rigoureux.
Dans son discours de clôture, la Secrétaire générale adjointe de l’ONU, Amina Mohammed, a mis en garde contre tout relâchement, affirmant que les petits progrès ne sauraient suffire et que de véritables avancées exigent des efforts soutenus sur tous les fronts.
Le Sommet a également mis sur la table la Plateforme de Doha pour les solutions de développement social, un mécanisme conçu pour transformer ces engagements en solutions concrètes. Dès l’ouverture de l’événement, près de 150 nouvelles initiatives ont été enregistrées.
Dans un contexte où les inégalités demeurent prononcées, les résultats du Sommet révèlent à la fois les avancées réalisées et les défis persistants. Si près de 1,5 milliard de personnes ont échappé à l’extrême pauvreté depuis 1995, il est alarmant de constater qu’en 2023, 808 millions de personnes vivaient toujours dans cette extrême pauvreté et 3 milliards souffraient d’une crise du logement.
Le Conseil de l’Europe a salué les avancées en matière d’autonomisation des jeunes, soulignant que leurs efforts se poursuivront lors d’une Conférence de haut niveau sur les droits sociaux qui se tiendra à Chișinău en mars 2026. Ce sera l’occasion pour les nations de faire le point sur les avancées réalisées dans l’atteinte des engagements pris lors de ce Sommet.
Cet événement, ayant mobilisé une multitude d’acteurs, a ainsi ouvert un dialogue crucial sur les voies à suivre pour bâtir un avenir où le progrès social peut être garantissant pour tous.