Diplômés en quête de mérite : entre idéal et désillusion sur le marché du travail
Recrutement massif dans la fonction publique tchadienne : tensions et controverses autour du mérite
Le gouvernement tchadien a récemment annoncé un programme de recrutement massif destiné à intégrer de nouveaux agents dans la fonction publique pour l’exercice budgétaire 2026, suscitant des réactions contrastées au sein de la communauté des diplômés.
Le Président Mahamat Idriss Deby Itno a promulgué cette initiative en mettant l’accent sur le principe du mérite, affirmant que l’intégration à la fonction publique devrait se faire exclusivement par le biais de concours. Ce plan vise des secteurs stratégiques tels que l’éducation, la santé et les technologies de l’information, dans un contexte où le pays cherche à renforcer ses capacités administratives et institutionnelles.
Cependant, le nouveau système de sélection rencontre un vif rejet de la part d’un large éventail de diplômés, notamment ceux issus des écoles normales supérieures et des instituts nationaux. Ces derniers soutiennent que leur réussite aux concours d’entrée devrait déjà suffire pour accéder à la fonction publique. Un ancien étudiant a exprimé son désarroi : « Le fait de devoir passer un concours supplémentaire laisse penser que nos diplômes ne valent rien ou qu’il y a des insuffisances dans notre formation. » Cette perception crée un sentiment d’injustice, certains revendiquant même une réforme radicale du système éducatif, allant jusqu’à envisager la suppression de leurs établissements si le double parcours persiste.
Au-delà des tensions liées au principe de recrutement, des allégations de pratiques douteuses entachent l’image de l’administration publique. Des témoignages d’anciens diplômés révèlent des demandes de pots-de-vin pour faciliter le processus de sélection. Un diplômé de la promotion 2016 a dénoncé une exigence de 75 000 FCFA pour le traitement de son dossier, tandis qu’un autre évoque des sommes exorbitantes atteignant 2 000 000 FCFA visant à garantir son intégration. Ces appels à la corruption jettent une ombre sur le concours, considéré par certains comme une porte ouverte aux inégalités, favorisant les enfants issus de milieux aisés au détriment des plus pauvres.
Dans ce climat de méfiance et d’incertitude, des experts et des diplômés expriment leur souhait de voir émerger des solutions efficaces. Avec environ 85 000 dossiers en attente d’examen, certaines voix plaident pour des alternatives, notamment l’incitation à l’investissement privé pour favoriser la création d’emplois. D’autres soulignent l’importance d’imposer aux entreprises de recruter des nationaux, afin de renforcer l’inclusivité sur le marché du travail.
Pour les critiques les plus acerbes, une réforme en profondeur de la fonction publique est indispensable. Certains suggèrent que, si cette institution ne parvient pas à promouvoir l’équité qu’elle prétend défendre, il serait préférable d’envisager sa suppression. La difficulté réside donc dans le rétablissement de la confiance des diplômés à l’égard du système de recrutement.
Malgré l’affirmation du gouvernement sur le concours comme pilier d’un recrutement méritocratique, la légitimité de ce processus est ébranlée par des préoccupations quant à sa pertinence et par des cas récurrents de corruption. Les autorités tchadiennes se trouvent ainsi face à un défi crucial : rendre non seulement le processus de recrutement transparent mais aussi crédible afin de restaurer la confiance des jeunes diplômés dans la fonction publique. La manière dont elles aborderont ces problématiques déterminera non seulement l’avenir de cet important secteur, mais aussi le bien-être de milliers de citoyens qui aspirent à servir leur pays.