Dr. Ahmat Yacoub Dabio : une solution politique indispensable pour éviter le chaos national

Soudan : Un appel urgent à la paix face à une escalade des violences

Le conflit au Soudan se intensifie, suscitant des appels à un cessez-le-feu sous l’égide d’organisations internationales, alors que les atrocités se multiplient sur le terrain.

Depuis la mi-juin 2023, deux mois après le déclenchement du conflit, le Conseil d’Éthique et de Développement Politique en Afrique (CEDPE) a proposé un plan de paix aux parties engagées dans le conflit, à l’Union africaine (UA) et aux partenaires. Ce plan met en exergue l’urgence de signer un accord de cessez-le-feu, soutenu par l’UA et l’IGAD, et assisté par l’ONU, l’Union européenne et la Ligue arabe.

Les violences, qui se sont intensifiées notamment autour de la ville d’El-Fasher, capitale du Darfour, soulèvent des préoccupations quant à la situation humanitaire et aux droits de l’homme. En à peine 24 heures après la prise de cette ville par les Forces de soutien rapide (FSR), des vidéos d’exécutions sommaires ont commencé à circuler sur les réseaux sociaux. Dr. Ahmat Yacoub Dabio, un expert en droits humains, insiste sur la violence insoutenable de ces images, soulignant que les auteurs de ces atrocités sont déjà identifiés et pourraient un jour être traduits en justice.

La gravité des crimes : génocide ou crimes de guerre ?

Interrogé sur la qualification des actes commis, Dr. Dabio note que même s’il n’est pas juriste, il est indéniable que les images présentées révèlent une cruauté inouïe. Le fait que certains combattants des FSR se filment en train de commettre ces actes sans aucune honte ajoute au choc de cette situation. Malgré des condamnations venant de plusieurs organisations internationales, y compris des responsables des FSR, il reste crucial que des mesures concrètes soient prises. Le silence des organisations internationales face aux atrocités ne ferait qu’encourager l’impunité.

Le rôle des organisations internationales

Les organisations comme l’ONU et l’UA ont déjà exprimé des préoccupations, mais Dr. Dabio appelle à une action concrète : la documentation des violations, le soutien aux enquêtes indépendantes et la pression sur les responsables afin qu’ils soient traduits devant la Cour pénale internationale. La récente déclaration du leader des FSR, Hemiti, reconnaissant certaines atrocités et promettant une enquête, marque une inflexion, signalant qu’une ligne rouge a été franchie au sein même de ces forces.

El-Fasher : une ville stratégique

El-Fasher revêt une importance stratégique non seulement pour les Forces de soutien rapide, qui contrôlent déjà la plupart des provinces du Darfour, mais aussi pour le gouvernement central. La perte de cette ville constituerait un coup dur pour le gouvernement de Khartoum, qui y verrait non seulement une défaite militaire, mais aussi une perte symbolique de sa légitimité sur tout le Darfour. Pour les forces gouvernementales, la préservation d’El-Fasher est liée à leur capacité à maintenir un semblant d’unité nationale dans une région déjà turbulente.

Impact humanitaire des combats

Dr. Dabio attire également l’attention sur la crise humanitaire grandissante résultant des combats autour d’El-Fasher. Les civils sont pris au piège dans un contexte de violence continue, de pénurie de nourriture, d’accès rétréci aux soins de santé et de conditions de vie de plus en plus précaires. L’encerclement prolongé de la ville transforme la région en une véritable prison à ciel ouvert où la survie quotidienne est un combat acharné. Les organisations internationales doivent intensifier leur mobilisation, non seulement pour condamner ces actes, mais aussi pour assurer une aide humanitaire concrète.

Perspectives de cessez-le-feu

Malgré la gravité de la situation, des tentatives de médiation se poursuivent. Toutefois, ces initiatives sont souvent entravées. Par exemple, le Quatuor de médiation, qui guette un cessez-le-feu de trois mois, peine à obtenir l’adhésion de toutes les parties, notamment à cause des réticences de l’armée. Des éléments tels que le soutien présumé des Émirats arabes unis aux FSR aggravent encore les tensions. Selon Dr. Dabio, même si une partie réussissait à occuper l’ensemble des villes soudanaises, cela ne mettrait pas fin à la crise.

Appel à l’action pour la communauté internationale

Enfin, le Dr. Dabio souligne que la communauté internationale doit prendre des mesures concrètes pour mettre fin aux violences et protéger les civils. Cela passe par la signature d’un accord de cessez-le-feu sous l’égide de l’UA et de l’IGAD, accompagnée d’un soutien logistique et politique. Les mesures proposées incluent la cessation immédiate des hostilités, la libération des prisonniers ainsi que le déploiement d’une force d’interposition mixte pour garantir la sécurité sur le terrain.

Il est devenu impératif de répondre à la crise au Soudan de manière unifiée et déterminée pour éviter une dégradation supplémentaire de la situation. Les discussions autour d’un gouvernement civil indépendant pourraient aussi offrir une perspective d’espoir pour la transition au Soudan.