Enfants dans les champs : le travail forcé

Pala : Les enfants, une force de travail précieuse mais controversée dans l’agriculture

Dans la province du Mayo-Kebbi Ouest, et plus précisément autour de Pala, le travail des enfants dans l’agriculture est un phénomène récurrent qui attire l’attention à l’occasion de la Journée mondiale contre le travail des enfants, célébrée le 12 juin. Dans cette région du Tchad, dès les premières lueurs de l’aube, les champs de coton, de sorgho et d’arachide s’animent de jeunes silhouettes, souvent dès 5 heures du matin.

Cette réalité quotidienne s’enracine dans la pauvreté et le besoin de main-d’œuvre lancinant des familles rurales. La déscolarisation y est courante, alors que de nombreux enfants, dès l’âge de 8 ans, troquent les bancs de l’école contre des journées entières de labeur. Les conséquences sont palpables : absentéisme scolaire, performances en baisse et parfois abandon des études.

À trois kilomètres de Pala, Kouakène, 12 ans, illustre cette situation. Equipé d’une houe et entouré de ses frères et sœurs, il participe aux travaux agricoles comprenant le labour, le semis, et le transport de lourdes charges d’eau. Pour beaucoup de ces jeunes, l’école devient secondaire lorsque débute la saison agricole.

Selon Kom Faïdjer, productrice d’arachide et mère de six enfants, la participation des enfants aux travaux champêtres est vue comme une nécessité. « Si l’enfant ne travaille pas, qui va nous aider ? La pluie ne nous attend pas », explique-t-elle, soulignant que leur contribution est souvent perçue comme un apprentissage nécessaire. Cependant, la frontière entre apprentissage et exploitation est ténue, avec des journées de travail exténuantes, aucun équipement de protection et une exposition constante aux pesticides.

D’après plusieurs acteurs locaux, plus de 60 % des enfants vivant dans ces zones rurales jonglent entre école et travaux agricoles. Leur réalité met en lumière une tension entre besoins économiques immédiats et éducation à long terme. Un père de famille résume la situation ainsi : « Un enfant au champ, c’est un sac de moins à porter. Un enfant à l’école, c’est une bouche à nourrir sans revenu immédiat. »

Pour Keda Nestor, également parent, les interdictions seules ne résoudront pas le problème. « On ne peut pas interdire du jour au lendemain. Il faut proposer des alternatives économiques aux parents », plaide-t-il. Plusieurs solutions sont envisagées pour alléger ce fardeau : la création de cantines scolaires pour inciter les enfants à rester à l’école, le développement d’activités lucratives pour les mères, et la promotion de coopératives agricoles, afin de réduire la dépendance à la main-d’œuvre infantile.

Le chemin vers une résolution durable de cette problématique est semé d’embûches. La mise en œuvre de ces initiatives demeure un défi majeur. Jusqu’à ce que des solutions économiques viables se concrétisent, le spectre de la houe continuera de planer sur de nombreux jeunes à Pala, tandis que la pauvreté, moteur principal du phénomène, persiste. Les efforts des autorités et des organisations pour combattre ce fléau saluent l’urgence d’une action concertée et d’une prise de conscience collective pour changer la destinée de ces enfants.