Entre débats et défis : les coulisses des Assemblées annuelles 2025 du FMI et de la Banque mondiale

Économie mondiale : vers des emplois durables malgré un environnement complexe

Lors des récentes Assemblées annuelles de la Banque mondiale et du FMI, un éventail d’autorités politiques et économiques a été confronté aux défis pressants de la création d’emplois à grande échelle, alors que la situation économique mondiale demeure précaire.

Réunissant des ministres des Finances, des gouverneurs de banques centrales et des leaders de la société civile à Washington, cet événement avait pour objectif d’explorer des stratégies innovantes pour bâtir des économies génératrices d’emplois durables. Le président du Groupe de la Banque mondiale, Ajay Banga, a profité de cette rencontre pour présenter un guide novateur axé sur la transformation des secteurs économiques en écosystèmes durables. En parallèle, la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, a signalé une réalité alarmante : un monde en proie à l’incertitude, à une dette croissante et à des tensions géopolitiques qui risquent de compromettre le développement.

L’enjeu principal est évident : plus d’un milliard de jeunes s’apprêtent à entrer sur le marché du travail dans la prochaine décennie. La nécessité de créer des millions d’emplois de qualité est désormais une priorité qui va au-delà des simples considérations économiques. La lutte contre la pauvreté et l’aspiration à une vie digne et autonome sont au cœur de cette quête.

La stratégie de la Banque mondiale, intitulée « Des secteurs aux systèmes », marque une évolution significative dans sa méthode d’intervention. Au lieu de continuer à financer des projets isolés, l’institution vise à catalyser des écosystèmes économiques entiers, s’appuyant sur trois axes principaux : l’investissement dans les infrastructures essentielles et le capital humain, le soutien aux réformes politiques créant un environnement favorable aux affaires, et la mobilisation d’investissements privés à grande échelle.

Le lancement réussi d’AgriConnect, qui vise à revitaliser le secteur agro-industriel, témoigne de cette nouvelle direction. Ajay Banga a mis en avant l’importance d’une agro-industrie capable de garantir sécurité alimentaire, emploi et croissance. Les exploitations familiales, qui représentent plus de 500 millions de petits exploitants producteurs de 80 % de l’alimentation mondiale, sont souvent confrontées à la pauvreté et à l’isolement sur le marché. AgriConnect se donne donc pour mission de réunir des capitaux privés, des gouvernements et des partenaires donateurs afin d’investir dans les infrastructures et les outils financiers nécessaires à la transformation de ces exploitations en agro-entreprises durables.

M. Banga a également exprimé son ambition de doubler le soutien à l’agro-industrie pour atteindre 9 milliards de dollars par an d’ici 2030, tout en mobilisant 5 milliards de dollars supplémentaires. Son slogan, « Voler sans vergogne et partager sans entrave », illustre la philosophie collaborative que la Banque souhaite instaurer.

Lors de plusieurs conférences, des experts tels que le Dr Mona Mourshed, PDG de l’association Generation, ont discuté des systèmes d’éducation et d’emploi, soulignant la nécessité d’acquérir les compétences requises pour répondre à la demande de travail. La ministre égyptienne, Dr Rania Al-Mashat, a par ailleurs partagé des perspectives sur l’implémentation concrète des réformes nécessaires.

L’utilisation des données a été un autre point crucial des débats, avec des initiatives comme le « Data Playground » où les participants ont pu visualiser l’impact des données en temps réel sur les décisions économiques. Des échanges sur l’importance de créer un écosystème d’emplois interconnectés ont également été menés.

Le partenariat est un thème récurrent, illustré par le dialogue établi entre Banga et la société civile lors des Assemblées. Ce dialogue a insisté sur le fait que le progrès exige plus que de simples investissements financiers ; il nécessite également un renforcement de la confiance entre les différents acteurs. Le dernier Comité de développement a ainsi validé la vision d’une Banque plus rapide et efficace, tout en appelant à un changement de paradigme sur la perception des investissements.

Parallèlement à ces discussions, le FMI a délivré un diagnostic inquiétant de l’économie mondiale, soulignant une résilience relative, mais toujours fragile. Selon Georgieva, l’incertitude est devenue la norme, et la dette demeure un poids écrasant pour de nombreux pays. Bien que certains pays à faible revenu aient vu leur niveau d’endettement diminuer, ceci est dû principalement à leur exclusion des marchés financiers. Dans les économies émergentes et développées, la tendance est à la hausse.

Les débats ont aussi été marqués par des appels clairs à une réforme de la dette. Une lettre d’économistes publiée dans The Guardian et les revendications d’organisations de la société civile ont clamé la nécessité d’un allégement significatif de la dette, soulignant que celle-ci grève les budgets alloués à l’éducation et à la santé.

Pour conclure, les discussions ont révélé une divergence marquée entre la reconnaissance de la crise de la dette et les mesures politiques concrètes. Malgré les alertes, les déclarations officielles n’ont pas encore réussi à engager une véritable action systémique. Toutefois, des discussions en coulisse semblent indiquer une émergence d’un consensus sur la nécessité d’aborder ces enjeux de manière plus radicale.

Le contexte géopolitique s’est également vu projeté sous un jour préoccupant, avec des tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine susceptibles d’affecter considérablement la croissance mondiale. Des événements parallèles ont exploré comment les économies en développement pourraient bénéficier d’un soutien international face aux chocs externes.

À l’issue des Assemblées, le message principal a affirmé l’interdépendance des enjeux économiques. L’ambition de la Banque mondiale de créer des emplois durables nécessite un cadre macroéconomique stable, tout en engageant une coopération éclairée avec le FMI. Ces discussions montrent que la quête d’une croissance durable et d’une dignité humaine constituent des défi à relever conjointement, au-delà des intérêts individuels des nations.