Femmes chefs de famille : entre résilience et défis de la précarité.
Au Tchad, des femmes s’imposent en chefs de famille par nécessité
De plus en plus de femmes tchadiennes prennent en main la responsabilité de leur foyer, souvent en raison de circonstances difficiles.
Dans la capitale N’Djamena et dans les zones rurales environnantes, un nombre croissant de femmes, qu’elles soient veuves, divorcées, abandonnées ou épouses de migrants, deviennent cheffes de famille. Si ce rôle est souvent assumé par nécessité plutôt que par choix, ces femmes se distinguent par une résilience remarquable, bien que leur quotidien soit marqué par la précarité économique et sociale.
Dans les quartiers périphériques de N’Djamena, comme à Dembé, de nombreuses femmes jonglent avec plusieurs rôles. Elles sont tour à tour mères, éducatrices et soutiens financiers, sans oublier parfois leur implication dans l’agriculture. Amina, mère de cinq enfants, raconte : « Quand mon mari est décédé, je n’avais pas le choix. Il fallait nourrir les enfants et payer leur scolarité ». Comme elle, des milliers de femmes se retrouvent seules aux commandes de leur foyer, souvent sans soutien adéquat.
Le principal défi auquel elles font face est l’accès aux ressources financières. La plupart évoluent dans le secteur informel, réalisant de petites activités génératrices de revenus. Cela peut inclure la vente de céréales, la transformation artisanale, la restauration de rue ou encore le petit commerce. Ces activités sont souvent précaires et soumises à des variations saisonnières ou économiques. Halima, qui vend des beignets, témoigne : « Certains jours, je rentre sans rien vendre ». Cette instabilité menace la sécurité alimentaire des ménages dirigés par des femmes, qui doivent également composer avec des contraintes sociales.
Dans de nombreuses communautés, être une femme cheffe de famille demeure perçu comme atypique. Ces femmes doivent souvent faire face à la stigmatisation et au manque de reconnaissance dans les décisions communautaires. L’accès à la terre, à l’héritage ou à un crédit reste freiné, malgré l’existence de lois favorisant les droits des femmes. Une agricultrice du Logone Oriental se désole : « On me demande toujours où est mon mari avant de me prendre au sérieux ».
Malgré ces obstacles, ces femmes mettent en œuvre des stratégies d’adaptation. La solidarité entre voisines, les tontines, l’entraide familiale et le soutien d’associations locales leur permettent de faire face à l’adversité. Certaines réussissent même à scolariser leurs enfants, avec l’espoir d’améliorer leur condition de vie. Amina, en particulier, souligne son souhait de voir ses filles poursuivre des études : « Je veux qu’elles étudient pour ne pas vivre ce que j’ai vécu ».
En réponse à cette situation, les pouvoirs publics et certains partenaires au développement ont lancé des initiatives pour promouvoir l’autonomisation des femmes. Parmi ces efforts, on trouve des programmes de microfinance, de formation et d’amélioration des capacités. Toutefois, sur le terrain, ces actions ne parviennent pas encore à toucher l’ensemble des femmes cheffes de famille, notamment dans les zones rurales plus isolées. Les acteurs de la société civile soulignent que l’amélioration de cette situation requiert des politiques publiques inclusives, un accès réel au crédit, à la terre et à la protection sociale, ainsi qu’un changement de mentalité sur le rôle des femmes au sein de la société tchadienne.
Derrière chaque femme cheffe de famille se cache non seulement une histoire de courage, mais un combat quotidien pour la dignité et la survie. Ces femmes, en dépit de la précarité, soutiennent leurs familles avec détermination. Les soutenir serait un investissement dans la stabilité sociale et l’avenir du pays, affirmant ainsi leur place et leur rôle essentiel dans la société tchadienne.