Japhet N’Doram : le sorcier qui unit un peuple à 60 ans
Japhet N’Doram : Un Ambassadeur du Tchad Sur les Terrains d’Europe
Au début des années 1990, alors que la télévision par satellite se répandait en Afrique, l’image du football européen commença à se frayer un chemin jusque dans les foyers les plus éloignés du continent. C’est dans ce contexte que Japhet N’Doram, un jeune joueur tchadien, devint une véritable figure emblématique, transcendante de simple sportif à ambassadeur de son pays sur la scène mondiale.
L’évocation du Tchad, souvent associée aux conflits armés qui hantaient le pays depuis des décennies, trouvait une nouvelle narrative grâce à Japhet N’Doram. Sur les pelouses européennes, notamment avec le FC Nantes, il se distinguait par son talent. Connu sous plusieurs sobriquets, il fut pour les Français « N-Doram », pour les supporters nantais, « le Sorcier de la Beaujoire », et pour l’Afrique entière, « l’international tchadien ».
Ce jeune prodige de N’Djamena, qui grandit dans le quartier populaire d’Ardjoumal, une zone affectueusement surnommée « Harlem City », commença son voyage footballistique sur les terrains proches de son domicile. Fasciné par son aîné Jonathan qui évoluait au Tourbillon FC, Japhet y passa son enfance à observer et à apprendre. Pourtant, son destin prit un tournant en 1979, lorsque la guerre civile força sa famille à fuir la capitale, le laissant sans véritable foyer définitif.
Malgré un retour à N’Djamena en 1985, N’Doram s’envola rapidement vers le Cameroun pour jouer avec le prestigieux Tonnerre de Yaoundé, où il remplaça la future légende George Weah. Les sceptiques se montrèrent d’abord hésitants à son égard, le jugeant frêle. Cependant, sa maîtrise du ballon et sa vision du jeu finirent par imposer le respect, lui permettant de remporter la Coupe du Cameroun.
Sur le plan international, N’Doram devint une figure centrale des Sao, l’équipe nationale du Tchad, à la fin des années 1980. Malheureusement, les espoirs de qualifications à des compétitions continentales furent entravés par une organisation défaillante, et les ambitions de la CAN 1994 se soldèrent par une douloureuse désillusion.
Après son aventure africaine, Japhet N’Doram vécut des moments de gloire au FC Nantes au milieu des années 1990. Le club, alors à son apogée, bénéficiait de l’ingéniosité tactique de N’Doram, jouant un rôle crucial dans le sacre national de 1995. Ses prestations en Ligue des champions forgèrent sa légende, notamment son célèbre but contre la Juventus, qui continúa à inspirer les jeunes footballeurs tchadiens.
Retiré des terrains, N’Doram n’abandonna pas le football. Il prit des responsabilités au FC Nantes et à l’AS Monaco en tant que recruteur et encadrant. Son retour au Tchad en tant que directeur technique national témoigna de son désir de contribuer au développement du sport national. Toutefois, un manque de soutien et de gouvernance l’empêcha de concrétiser ses projets.
En 2021, N’Doram tenta une nouvelle incursion dans le football tchadien, à la tête d’un comité provisoire, mais se heurta encore à des obstacles administratifs. Déçu, il quitta cette mission pour retourner en France, où son héritage au FC Nantes reste intact.
Aujourd’hui, à 60 ans, Japhet N’Doram incarne une légende qui dépasse les statistiques. Plus qu’un footballeur talentueux, il est un symbole d’espoir pour le peuple tchadien, apportant confiance et fierté à une nation au-delà des frontières sportives. Pour le Tchad, il restera à jamais celui qui a démontré que l’ascension vers les stades européens était possible pour les enfants de N’Djamena.