jeunes diplômés : entre désillusion et débrouillardise face à un marché de l’emploi difficile
Situation préoccupante des jeunes diplômés au Tchad : entre désillusion et débrouillardise
N’Djamena, la capitale tchadienne, est le cadre d’une réalité alarmante : de nombreux jeunes diplômés peinent à trouver un emploi correspondant à leurs qualifications, les conduisant à des solutions de fortune pour survivre.
Chaque année, des milliers d’étudiants achèvent leur formation dans les universités et instituts supérieurs du Tchad, mais la demande sur le marché du travail demeure largement insatisfaite. Les récits de jeunes comme Noudjiré, 28 ans, diplômé en gestion depuis trois ans, illustrent cette situation. « J’ai envoyé des dizaines de candidatures, mais aucune réponse », confie-t-il, précisant qu’il a dû se tourner vers des cours particuliers pour assurer ses besoins. Son témoignage n’est pas anodin ; il reflète une réalité plus large où la formation académique ne rime plus nécessairement avec un emploi stable.
Les économistes tchadiens soulignent un décalage entre les compétences enseignées et les exigences du marché. Le secteur public, traditionnellement le principal employeur au Tchad, a atteint ses limites. Des réformes administratives et la crise économique en cours ont exacerbé le gel des recrutements, laissant de nombreux diplômés dans l’incertitude. Aché, jeune diplômée en droit, abonde dans ce sens : « Les concours pour la fonction publique sont rares et de plus en plus sélectifs. Le simple fait d’avoir un diplôme ne garantit plus un emploi. »
Du côté du secteur privé, les perspectives sont tout aussi limitées. Les petites entreprises, souvent en difficulté financière, ne parviennent pas à embaucher suffisamment de nouveaux talents. De plus, plusieurs grandes sociétés privilégient les candidats ayant plusieurs années d’expérience, négligeant ceux qui viennent de terminer leurs études.
Face à cette impasse, une nouvelle dynamique émerge. De nombreux jeunes, telle que Hassan, qui a étudié le droit mais se reconvertit en vendeur d’accessoires de téléphonie, choisissent l’auto-emploi. S’engager dans l’entrepreneuriat informel devient pour eux une voie de résilience. Certains se lancent dans la vente en ligne, d’autres créent de petites entreprises tout en restant déterminés à ne pas céder au désespoir.
Malgré cette créativité, ces initiatives rencontrent des obstacles significatifs. Le manque de financement, l’absence d’accompagnement et une formation souvent insuffisante en gestion freinent leur épanouissement. Les programmes d’appui à l’entrepreneuriat, bien que soutenus par le gouvernement et des partenaires techniques, demeurent d’un accès restreint pour la majorité des jeunes.
Cette situation pousse un certain nombre d’entre eux à envisager l’émigration vers d’autres pays en quête de meilleures opportunités. Certains, en revanche, gardent l’espoir d’un changement au niveau national. Constant Madjita, diplômé en informatique, plaide pour la mise en place d’une politique d’emploi jeunesse sérieuse : « L’État doit soutenir les projets innovants pour permettre à beaucoup de jeunes de créer leurs propres emplois. »
Les voix des organisations de la société civile se font également entendre. Elles appellent à une refonte urgente de la formation professionnelle, suggérant d’adapter les cursus aux besoins actuels du marché, de promouvoir les métiers techniques et de soutenir l’entrepreneuriat local.
Malgré un contexte de précarité, la jeunesse tchadienne démontre une résilience impressionnante. Adaptabilité et innovation sont au cœur de leurs combats quotidiens. Le défi pour les autorités est désormais de transformer cette énergie en levier de développement. Le chômage des jeunes diplômés au Tchad ne constitue pas seulement un enjeu économique, mais surtout un défi social et humain. En cherchant à agir dans un environnement souvent hostile, la jeunesse tchadienne continue de faire preuve d’initiative, témoignant ainsi de sa détermination à surmonter les obstacles.