Jeunes du Mandoul : l’exode vers l’or persiste

Mandoul : le départ des jeunes vers les sites aurifères, un fléau qui persiste

Dans la province du Mandoul, au sud du Tchad, un phénomène inquiétant perdure : de nombreux enfants quittent leurs villages pour rejoindre les sites d’orpaillage dans le nord du pays. Des localités telles que Mouroumgoulaye, Beboro, Goundi, Peni, et d’autres villages de la région sont particulièrement touchés par cette migration.

Malgré les efforts des organisations de défense des droits humains, telles que l’Association pour la Réinsertion des Enfants et la Défense des Droits de l’Homme (ARED), cette pratique continue de croître, menaçant l’avenir de nombreux enfants. L’ARED, à travers son centre à Koumra, accueille, scolarise et forme ces jeunes victimes d’exploitation. Ils sont initiés à divers métiers comme la couture, la mécanique, la menuiserie, l’électricité et la transformation des produits locaux, dans le but de les réinsérer socialement et professionnellement.

La pauvreté est souvent la principale raison conduit les familles à laisser partir leurs enfants. Dans l’espoir de gains rapides, certains parents confient leurs enfants à des recruteurs ou intermédiaires qui les emmènent vers les zones d’exploitation aurifère, souvent en échange de promesses financières.

Un jeune, originaire du village de Doro, témoigne : « Mon père m’a confié à un éleveur qui m’a emmené à Amdjarass. Après trois ans, sans recevoir l’argent promis, j’ai fui jusqu’à Abéché, où l’ARED m’a pris en charge. Aujourd’hui, je suis scolarisé et suis une formation en couture. » Ce témoignage illustre bien les dérives et abus rencontrés par ces enfants.

D’autres enfants prennent eux-mêmes l’initiative de partir, attirés par des récits de richesses. Le manque d’opportunités économiques, l’abandon scolaire, l’insuffisance de suivi parental et la faible sensibilisation aux risques de l’orpaillage renforcent le phénomène. Justin Togmadje, originaire de Bessada, raconte : « Mon père m’a refusé une part de ses biens, ce qui m’a poussé à partir pour N’Djamena. Là-bas, interpellé par la police, j’ai été confié à l’ARED. Je suis maintenant scolarisé et formé en couture. »

Les observateurs soulignent que l’impunité alimente ce problème. Les conséquences pour les enfants sont souvent dramatiques. En quittant l’école, ils réduisent sensiblement leurs chances d’avenir meilleur. De plus, confrontés à des conditions de travail dangereuses, ils mettent leur santé physique et mentale en danger. Sur les sites aurifères, ils doivent faire face à divers risques, notamment les accidents, l’exploitation économique, la malnutrition, les maladies, les violences et parfois la traite des personnes.

La situation représente une violation grave de leurs droits fondamentaux, notamment le droit à l’éducation, à la protection, à la santé et à l’épanouissement. Au-delà des conséquences directes sur les victimes, c’est toute la société qui en pâtit. Une jeunesse privée d’éducation entrave le développement économique et social du pays.

Les acteurs de la protection de l’enfance ont déjà plaidé pour une mobilisation accrue. Ils estiment que les autorités administratives, judiciaires et sécuritaires doivent rigoureusement appliquer les lois pour sanctionner les trafiquants, recruteurs et complices de l’exploitation des mineurs. Ils recommandent aussi un renforcement des campagnes de sensibilisation dans les villages, un soutien aux familles vulnérables, ainsi que la promotion de la scolarisation et le développement d’activités génératrices de revenus. Cela pourrait dissuader les familles d’envoyer leurs enfants travailler dans les mines.

Les organisations de la société civile et les leaders communautaires, traditionnels et religieux jouent un rôle crucial pour prévenir ces départs précipités et accompagner la réinsertion des enfants victimes.

Actuellement, l’ARED prend en charge 55 enfants, dont 15 filles, qui ont été victimes de travail forcé, de traite, de maltraitance et de violences domestiques. Tous bénéficient d’une scolarisation et de formations professionnelles pour leur garantir de meilleures perspectives d’avenir.

Alex Loubadjo Djassibaye