Journée de l’Afrique : le Pr Ahmat Mahamat Hassane livre un diagnostic percutant
L’Afrique face à ses Défis : Analyse du Pr Ahmat Mahamat Hassan
En cette Journée de l’Afrique, Pr Ahmat Mahamat Hassan, constitutionnaliste émérite et ancien ministre de la Justice, livre une évaluation incisive des défis divers auxquels le continent fait face, des questions de gouvernance aux enjeux sécuritaires.
Dès le début de notre entretien, Pr Hassan ne mâche pas ses mots : il décrit une Afrique piégée dans un autoritarisme persistant, où certaines républiques tendent vers des systèmes monarchiques et dynastiques. Cet environnement politique, selon lui, nourrit une insécurité croissante et des résistances qui, faute de moyens pacifiques d’expression, dégénèrent souvent en violences sévères.
Il souligne que ces situations se traduisent souvent par des guerres, des déplacements massifs de population et des catastrophes humanitaires qui fragilisent encore davantage le tissu social africain.
Quant à l’Union africaine, Pr Hassan exprime un constat amer. L’institution, censée incarner l’unité continentale, manque cruellement de moyens politiques et institutionnels. Selon lui, sa dépendance financière vis-à-vis de l’Union européenne réduit sa capacité à agir de manière autonome, posant une question cruciale sur la souveraineté des États membres.
Cette dépendance extérieure semble en contradiction avec la richesse du continent. En effet, l’Afrique possède de remarquables ressources naturelles, essentielles à l’industrie mondiale, en particulier dans le domaine technologique. Le Niger, avec son uranium, le Mali, ses mines d’or, ou encore la République centrafricaine et ses diamants, sont souvent au cœur des convoitises internationales, nourrissant ainsi des conflits incessants.
Pour Pr Hassan, le nœud du problème réside dans la structure de pouvoir non représentative. Il accuse certaines minorités ethniques ou claniques de monopoliser les ressources, laissant la majorité de la population dans la précarité. Ce déséquilibre alimente des revendications qui remettent en question la forme même de l’État et exacerbent les tensions identitaires.
Dans les États du Sahel, les aspirations à une souveraineté réelle sont compliquées par des menaces extrêmes comme le terrorisme et le djihadisme, rendant toute tentative de renforcement étatique douloureusement complexe.
Pr Hassan exhorte les Africains à prendre en main leur destin, critiquant la tendance à rechercher l’aide extérieure et le discours de victimisation. Le constitutionnaliste rappelle que le véritable défi reste celui du leadership, un domaine où il estime que le continent souffre d’un manque cruel. Il souligne en particulier que les leaders des années 1960, bien que moins diplômés, avaient une vision plus claire par rapport à leurs successeurs actuels, souvent accablés par des diplômes mais dépourvus d’une vision réellement transformative.
Enfin, l’analyse de Pr Hassan laisse entrevoir un continent à un tournant crucial. Une compréhension profonde des enjeux et une prise de responsabilité collective peuvent ouvrir la voie à des changements significatifs, bien que les obstacles demeurent nombreux et ardus à surmonter.