La course à la réussite : pourquoi les jeunes se sentent toujours en retard dans un monde qui va trop vite ?
Une jeunesse sous pression : l’angoisse de ne pas réussir à temps
De nombreux jeunes ressentent aujourd’hui une pressante angoisse : celle de ne pas être à la hauteur des attentes, de sentir qu’ils sont en retard dans leur parcours de vie. Sur les réseaux sociaux, l’apparente réussite des autres – emploi stable, voyages, mariages ou installations à l’étranger – exacerbe ce sentiment, engendrant une pression silencieuse qui pèse sur la jeunesse.
Une pression omniprésente
À N’Djamena, Youssouf, un étudiant de 23 ans, témoigne des conséquences de cette exposition constante à des images de succès. « Mes amis partagent des photos de leurs voyages ou annoncent leur mariage, et j’ai parfois l’impression d’être laissé pour compte, » explique-t-il. Bien qu’il soit conscient que chacun avance à son propre rythme, la culture des réseaux sociaux lui donne l’impression que la norme est de triompher rapidement.
Cette culture de la comparaison crée une fatigue mentale croissante chez ceux qui se sentent en décalage par rapport aux standards imposés. Ainsi, les réseaux sociaux, loin d’être de simples plateformes de partage, agissent comme des miroirs déformants reflétant une version idéalisée de la réussite.
Le mythe du succès instantané
La quête d’un succès rapide est omniprésente, souvent véhiculée par des récits de célébrités qui semblent atteindre la notoriété en un clin d’œil. Amina, 26 ans et entrepreneure, a elle-même ressenti cette pression. « J’ai voulu lancer mon entreprise rapidement, juste pour prouver ma valeur, mais j’ai tout perdu au bout d’un an. J’ai appris que la véritable réussite nécessite du temps et de l’expérience. » Ce retour d’expérience illustre que cette impatience peut mener à des désillusions.
Au-delà des réussites personnelles, les résultats d’une telle précipitation peuvent avoir des effets durables. Des études montrent que la recherche de gratification immédiate peut, à long terme, empêcher le développement d’une carrière épanouissante et durable.
Le poids du regard social
Dans de nombreux milieux, le poids du jugement social peut être écrasant. Mahamat, un diplômé de 28 ans sans emploi, partage son regard sur la situation : « Quand tu finis tes études et que tu n’as pas de projet clair, les gens commencent à te poser des questions. C’est comme si ta valeur était directement liée à ton statut professionnel. » Cette perception sociale renforce le sentiment de devoir réussir dans un temps imparti, augmentant ainsi le stress et l’anxiété.
Cette pression, qui peut varier selon les contextes culturels, amène de nombreux jeunes à s’engager dans des choix de carrière ou de vie qui ne leur correspondent pas véritablement, simplement pour éviter le jugement de leurs pairs ou de leur entourage familial.
Accepter son propre rythme
Pourtant, la réussite n’a pas de calendrier prédéfini. Chaque parcours est unique et le temps qu’il faut pour atteindre ses objectifs ne doit pas être source de honte. « Beaucoup de jeunes pensent que la lenteur signifie l’échec, mais souvent, elle est plutôt le signe d’une maturation personnelle, » souligne un psychologue spécialisé dans l’accompagnement des jeunes professionnels.
Apprendre à rebondir, à tirer des leçons de ses échecs, est également une forme de succès. Ce cheminement personnel, même s’il est perçu comme lent, peut se révéler enrichissant sur le long terme. Encourager une vision plus nuancée de la réussite pourrait permettre aux jeunes de se libérer d’un poids insupportable et de vivre leur vie selon leurs propres termes.
Redéfinir la notion de réussite
La pression liée à la notion de « réussir vite » peut être déconcertante pour de nombreux jeunes. Ils se sentent parfois piégés dans une course dont ils ne maîtrisent pas les règles. En redéfinissant le concept de réussite comme une aventure personnelle, ils pourraient trouver la paix d’esprit. Comme le dit un proverbe africain, « L’éléphant n’a jamais peur d’être lent, car il sait qu’il ne s’égare jamais. » Ce principe met en avant l’importance d’une progression réfléchie et personnelle.
Il est essentiel de créer un environnement où le parcours de chacun est respecté, où les jeunes peuvent évoluer à leur rythme sans craindre les regards critiques. Cela pourrait aussi passer par des mentalités plus ouvertes et des discussions sur le bien-être mental et les enjeux de la réussite à l’ère numérique.
Alors que les jeunes continuent de naviguer dans un monde rempli d’images idéalisées, il est crucial de promouvoir un message de patience et d’acceptation. La pression de la société ne devrait pas être un vecteur de stress, mais plutôt un catalyseur pour encourager chacun à suivre son propre chemin, à appréhender les échecs comme des opportunités d’apprentissage, et à célébrer les victoires, qu’elles soient petites ou grandes.