La HAMA interpelle « Réalités Info » pour des manquements éthiques, un enjeu pour le journalisme local.

La Haute Autorité des Médias du Tchad met en demeure le journal « Réalités Info »

N’Djaména a été le théâtre d’une décision marquante de la Haute Autorité des Médias et de l’Audiovisuel (HAMA), qui a engagé des mesures contre le journal en ligne « Réalités Info » pour des manquements graves aux règles de déontologie journalistique.

Le 27 janvier 2026, la HAMA a officiellement notifié le journal d’une mise en demeure par le biais de sa décision N°004/HAMA/SG/2026. Cette sanction fait suite à une plainte initiée par le maire de la ville, M. SENOUSSI Hassana Abdoulaye, qui a dénoncé des articles jugés « approximatifs et non étayés » relatifs à la gestion de la municipalité et des actions de son administration. D’après l’autorité de régulation, ces publications ont nui à l’image de la mairie de N’Djaména.

L’investigation réalisée par la HAMA a mis au jour plusieurs infractions. Tout d’abord, il a été établi que M. ZEBKALBE Fakane, directeur de publication de « Réalités Info », ne possédait pas la carte d’identité professionnelle requise pour exercer en tant que journaliste au Tchad. Ce document est essentiel pour attester de la légitimité professionnelle d’un journaliste, conformément à la réglementation nationale.

Le principal grief réside toutefois dans l’absence d’équilibre dans le traitement des informations diffusées. La HAMA a souligné que « Réalités Info » a relayé des accusations sans effectuer de vérifications, sans recouper ses sources, et surtout sans demander la version officielle de la commune concernée par les allégations. Selon la HAMA, cette approche constitue une violation claire de l’article 2 du Code d’Éthique et de Déontologie du Journaliste Tchadien, qui stipule l’importance d’intégrer la parole de toutes les parties prenantes dans un reportage.

Lors de son audition, M. ZEBKALBE a admis qu’il n’y avait pas eu de véritable équilibre dans les articles publiés, tout en précisant que son intention n’était pas de nuire, mais bien de rendre compte des activités municipales. Les représentants de la mairie ont pour leur part laissé entendre que ces publications pourraient être liées à un refus antérieur d’un partenariat proposé par le journal.

Face à ces constats, le Collège des Conseillers de la HAMA, lors d’une séance extraordinaire, a décidé de prendre des mesures destinées à éviter les dérives dans l’application de la liberté de la presse et à protéger le droit du public à une information juste et vérifiée. Cette décision contre le journal s’inscrit dans le cadre d’efforts plus larges pour réguler la profession journalistique au Tchad.

La décision rendue par la HAMA comporte plusieurs points essentiels. Premier point, le journal « Réalités Info » reçoit une mise en demeure officielle pour son « traitement déséquilibré de l’information ». Deuxièmement, son directeur de publication doit se conformer aux règles déontologiques et s’assurer d’obtenir, dans les meilleurs délais, sa carte de journaliste professionnel. Enfin, la décision stipule que cette sanction doit être publiée et notifiée comme une mesure de transparence.

Cette affaire souligne les tensions existant entre la liberté de la presse et le respect des normes éthiques dans le paysage médiatique tchadien. Elle pose également la question de la responsabilité des journalistes face aux allégations qu’ils publient, ainsi que des conséquences que ces publications peuvent avoir sur les institutions publiques et leur personnel.

La situation actuelle met en lumière l’importance cruciale d’un journalisme rigoureux et équilibré, particulièrement dans un contexte où la confiance du public envers les médias est souvent mise à mal. Les acteurs de la profession doivent naviguer avec précaution entre l’expression de la liberté d’informer et le respect des règles qui garantissent la véracité et l’équité des informations diffusées.

En conclusion, cette décision de la HAMA n’est qu’un chapitre dans une dynamique plus large de régulation des médias au Tchad, rappelant aux journalistes l’impératif de respecter les fondements de leur métier dans l’intérêt du public et de la démocratie.