La surproduction de bérébéré menace l’avenir des agriculteurs locaux.
Affaissement des prix du bérébéré : un désastre pour les cultivateurs du Salamat
Un cultivateur de la province du Salamat, âgé d’une cinquantaine d’années, fait face à une réalité dévastatrice alors qu’il espérait une saison fructueuse pour subvenir aux besoins de sa famille et rembourser ses dettes. Malgré des greniers remplis, le marché lui a réservé une surprise amère : le sac de 100 kilos de bérébéré, vendu 35 000 francs CFA l’année précédente, ne vaut plus aujourd’hui que 6 000 francs CFA, et parfois même 4 000 francs CFA dans certains villages. « Je ne vends pas, je donne », confie ce cultivateur, dont le sort reflète celui de milliers d’autres familles dans la région.
Les raisons de cet effondrement des prix sont bien identifiées. D’une part, l’enclavement demeure problématique. Le Salamat, en particulier pendant la saison des pluies, est difficile d’accès, ce qui empêche le bérébéré, produit localement, d’être acheminé vers d’autres marchés. Les routes impraticables augmentent l’excédent de l’offre sur place, entraînant une chute des prix. D’autre part, la spéculation sur le marché a aussi joué un rôle majeur. En 2024, les prix avaient atteint des sommets, poussant certains commerçants à constituer des stocks en pensant que les prix continueraient d’augmenter. Aujourd’hui, ces stocks sont inondés sur le marché, et la nouvelle récolte abondante accentue encore la saturation.
Ce déséquilibre du marché a des conséquences dramatiques pour les agriculteurs. L’élévation des coûts liés à la production — semences, main-d’œuvre, location d’animaux, pesticides — pousse la plupart des cultivateurs à s’endetter. Une mère de famille témoigne que son mari, après avoir cultivé deux hectares, n’a presque rien gagné après la vente. « Nous ne savons même pas comment nous allons traverser la période de soudure », déclare-t-elle, illustrant les défis auxquels de nombreuses familles font face entre l’épuisement des réserves et la prochaine récolte.
Bien que les consommateurs de la région, notamment à Am-Timan, profitent temporairement de la baisse des prix, cette situation pourrait s’avérer éphémère. Les ménages se réjouissent d’un bérébéré devenu plus accessible, mais si les agriculteurs, découragés par cette situation, choisissent de réduire leurs surfaces cultivées la saison prochaine, l’offre pourrait diminuer, entraînant ainsi une remontée des prix.
Pour remédier à cette crise, des mécanismes comme le warrantage, qui permet aux producteurs de stocker leur récolte dans des entrepôts sécurisés et d’obtenir un financement pour vendre ultérieurement quand les prix se redressent, pourraient offrir un répit. Cependant, ces démarches restent encore peu développées dans le Salamat.
Le contexte actuel met en lumière des problèmes structurels qui persistent, comme l’insuffisance des infrastructures routières, le manque d’entrepôts adaptés et l’absence de dispositifs de régulation du marché. Bien que le Salamat continue de produire une part importante des aliments du pays, il peine à bénéficier des soutiens nécessaires pour valoriser son agriculture, laissant un goût amer à ceux qui, au sein de cette région, se battent chaque jour pour un avenir meilleur.