« La voix étouffée des jeunes tchadiens : peur et désillusion face à l’avenir »
Une jeunesse informée mais hésitante face à l’engagement
Les jeunes d’aujourd’hui, bien que riches en informations, adoptent une attitude prudente lorsqu’il s’agit de s’exprimer sur des sujets sensibles.
À N’Djamena, capitale du Tchad, les étudiants comme Rachid, âgé de 24 ans, ressentent de manière aigüe les injustices présentes dans leur quotidien. « On voit les injustices tous les jours, mais parler, c’est risqué. Même sur Facebook, si tu écris quelque chose de sensible, tu peux avoir des problèmes. Alors, la plupart préfèrent se taire », déclare-t-il. Ce constat met en lumière une réalité troublante : la peur des répercussions — répression, moqueries, rejet social — semble paralyser une partie de la jeunesse.
Un silence protecteur
La crainte de se faire remarquer pousse de nombreux jeunes à opter pour un silence stratégique, considéré comme une forme d’autoprotection dans un contexte souvent hostile. Ce phénomène va au-delà de la simple question de l’opinion, il s’agit d’un véritable mécanisme de défense face à un environnement où les libertés d’expression sont souvent restreintes.
Cependant, la peur n’est pas la seule responsable de cette posture silencieuse. D’autres jeunes, comme Amina, 27 ans et diplômée sans emploi, expriment un profond désenchantement. « J’ai participé à des campagnes de sensibilisation, j’ai écrit, j’ai parlé… mais rien ne change. Alors j’ai arrêté. Parfois, on se fatigue de se battre dans le vide », confie-t-elle. Cette fatigue morale alimente une indifférence apparente, qui ne traduit pas un manque d’intérêt mais plutôt une incapacité à voir des avenues d’action efficaces.
État des lieux sur les réseaux sociaux
Avec l’avènement des réseaux sociaux tels que Facebook, X (anciennement Twitter) et TikTok, de nouveaux espaces d’expression se sont ouverts. Ces plateformes permettent aux jeunes de partager leurs opinions sans filtre. Toutefois, plusieurs d’entre eux reconnaissent que cette liberté d’expression est souvent limitée à des interactions superficielles — comme des likes, des partages ou des commentaires — sans véritable engagement dans des actions concrètes. Fatimé, 25 ans, évoque cette dichotomie : « C’est plus facile de poster un message que d’aller sur le terrain. Mais au fond, ça ne change pas grand-chose. On parle beaucoup, mais on agit peu. »
Ce phénomène crée une illusion d’engagement, où les jeunes se perçoivent comme des acteurs du changement, alors qu’en réalité, ils demeurent souvent relégués au rôle de spectateurs derrière un écran. Les activités virtuelles, bien qu’importantes, ne remplacent pas l’action dans le monde réel.
La nécessité d’un nouvel élan
Pour amorcer un changement significatif, il ne suffira pas de s’exprimer; il est essentiel de rassembler les forces, de se soutenir mutuellement et de réapprendre à croire en la puissance de sa voix. Les jeunes possèdent une force collective inestimable — en termes de nombre, d’énergie et de créativité — pour dénoncer les injustices et proposer des alternatives viables. Cependant, pour que cette mobilisation devienne une réalité, il est essentiel de transformer la peur en courage collectif et d’identifier des espaces sûrs où chacun peut s’exprimer librement.
Il est important de noter que le silence des jeunes face aux injustices n’est pas forcément synonymique d’indifférence. Il provient souvent d’un mélange de peur et de désespoir. C’est un constat amer, mais il s’agit d’une réalité que nombre d’entre eux vivent au quotidien. Comme le disait Desmond Tutu : « Rester neutre face à l’injustice, c’est choisir le camp de l’oppresseur. »
Ce contexte complexe souligne donc non seulement un besoin urgent d’action collective, mais également l’importance de créer des environnements favorables à un dialogue ouvert et constructif. Un véritable changement sociétal commence toujours par des paroles, des gestes, et un refus de rester dans le silence.