L’Afrique du Sud mise sur le gaz pour transformer son avenir énergétique avec une stratégie innovante.
L’Afrique du Sud face à un tournant énergétique grâce au gaz offshore
Les récentes découvertes de gaz offshore en Afrique du Sud ouvrent des perspectives économiques prometteuses, suscitant des comparaisons avec des succès pétrolier comme celui de la Guyane ou l’émergence du secteur énergétique au Suriname.
Développement des ressources gazières
Le projet de gaz à condensats Luiperd-Brulpadda, situé dans le bloc 11B/12B au large de la côte sud, fait l’objet d’estimations confortables. Les réserves y sont évaluées à 3,4 billions de pieds cubes (tcf) de gaz, ainsi que 192 millions de barils de gaz à condensats. Si la production se concrétise, elle pourrait générer des milliers d’emplois et revitaliser des régions comme Mossel Bay, où l’ancienne raffinerie de gaz liquéfié avait autrefois soutenu l’industrie locale avant de devoir réduire ses activités en raison d’une baisse de la production.
Néanmoins, cette promesse économique est mise à mal par le retrait de TotalEnergies du projet prévu pour 2024, un acte révélateur des obstacles qui entravent le développement du secteur gazier.
Contexte des enjeux
Actuellement, le potentiel gaziers du pays est entravé par des contestations judiciaires menées par des groupes d’activistes environnementaux, lesquels ont déjà stoppé des projets d’une valeur de 1,6 milliard de dollars. À cela s’ajoute l’incapacité des parties concernées à s’accorder sur le prix d’achat du gaz, catalysant une impasse.
Les entreprises en amont, comme TotalEnergies, souhaitent que les contrats soient libellés en dollars pour atténuer le risque de change et garantir leurs investissements conséquents. Le gouvernement sud-africain, de son côté, privilégie des prix fixés en rands pour protéger les consommateurs locaux, rendant la recherche d’un compromis d’autant plus urgente.
Le marché intérieur aggrave encore la situation. Les producteurs d’électricité, fonctionnant avec des marges serrées, nécessitent des prix bas pour le gaz, tandis que les entreprises en amont ont besoin de prix plus élevés pour justifier les investissements importants liés aux projets en eaux profondes. De plus, avec un marché mondial du gaz naturel liquéfié (GNL) saturé pour les trois à cinq prochaines années, l’exportation de gaz sous cette forme apparaît peu compétitive. Sans consensus sur les prix, les bénéfices potentiels de ces ressources gazières restent inexploités.
Une voie à suivre : la stratégie GTL
Dans ce contexte, une solution de conversion du gaz en liquide (GTL) pourrait jouer un rôle déterminant. En associant les prix aux marchés spot du GNL et en intégrant une participation significative des communautés locales, cette stratégie pourrait concilier les intérêts des investisseurs, des utilisateurs et des collectivités côtières, favorisant ainsi une croissance durable.
En revitalisant l’installation GTL de PetroSA à Mossel Bay et en convertissant le gaz naturel en combustibles liquides tels que le diesel et le kérosène, l’Afrique du Sud serait en mesure de réduire sa dépendance aux importations énergétiques tout en créant des opportunités d’emploi.
Des exemples d’initiatives réussies, comme le projet GranMorgu de TotalEnergies au Suriname, soulignent les bénéfices économiques d’un tel développement, avec 6 000 emplois créés localement et un apport conséquent à l’économie.
Pour optimiser la stratégie GTL, il est vital de développer un modèle de fixation des prix qui lie le coût du gaz aux prix spot mondiaux du GNL, tout en tenant compte des économies réalisées sur les frais de liquéfaction et de transport. Une telle formule pourrait satisfaire à la fois les exigences économiques des producteurs en amont et les sollicitations de subvention des producteurs d’électricité en aval.
Parallèlement, le gouvernement pourrait favoriser le développement de projets GTL par des allégements fiscaux ou des subventions aux infrastructures, rendant ainsi ces initiatives plus attractives sur le plan économique.
Défis à surmonter
L’opposition environnementale représente un frein supplémentaire que l’Afrique du Sud doit surmonter pour faire avancer son secteur gazier. Ignorer l’importance de l’engagement communautaire favoriserait les contestations légales de la part des ONG, bloquant des projets pourtant cruciaux pour le développement économique.
Les campagnes d’information menées par l’Agence pétrolière sud-africaine, visant à sensibiliser les populations locales aux bénéfices et risques associés, démontrent l’importance d’une communication efficace. L’inclusion des communautés dès le début du processus d’évaluation d’impact environnemental (EIE) pourrait améliorer la confiance et réduire les motifs de contentieux.
Organiser des réunions publiques et fournir des résumés accessibles de l’EIE serait également une approche judicieuse pour mettre en avant les bénéfices économiques d’une stratégie GTL. En intégrant les communautés en tant que parties prenantes, le gouvernement et l’industrie peuvent s’efforcer de démontrer que le développement gazier peut faciliter une prospérité partagée.
Une collaboration nécessaire pour un avenir énergétique
L’exploitation des ressources gazières en Afrique du Sud pourrait transformer son paysage économique, mais cela nécessite une approche résolue et collaborative. Le président Cyril Ramaphosa devra ainsi aller au-delà de l’accent courant sur le charbon et l’exploitation minière pour prioriser le développement gaziers et maximiser les avantages d’une stratégie GTL.
En relançant les installations GTL et en mettant en place un système de tarification qui répond aux préoccupations des investisseurs et des consommateurs, l’Afrique du Sud a la possibilité de créer des emplois tout en réduisant sa dépendance énergétique. La simplification des procédures d’octroi de permis et l’engagement proactif avec les communautés locales offriront d’autres solutions pour répondre aux préoccupations environnementales, permettant ainsi aux projets d’avancer sans entrave.
Un leadership déterminé et une volonté de collaboration permettront de transformer les potentialités gazières de l’Afrique du Sud en un moteur de croissance durable, bénéfique non seulement pour l’industrie énergétique, mais aussi pour l’ensemble du pays.