Langue des signes : « Ma seconde langue maternelle

La langue des signes : un outil d’inclusion pour Djerané Malachie

Chaque 23 septembre est marquée par la célébration de la Journée internationale des langues des signes, une occasion de mettre en lumière le travail et l’engagement de personnes telles que Djerané Malachie, interprète et défenseur de l’inclusion des personnes sourdes au Tchad. Pour Djerané, la langue des signes représente bien plus qu’une simple compétence professionnelle ; c’est une véritable langue maternelle, acquise auprès de son père malentendant.

Né le 17 août 1992 à N’Djamena, originaire de Bedjondo dans le Mandoul Occidental, Djerané a suivi un parcours académique diversifié. Il a étudié à N’Djamena, Doba, Laï, Moundou et enfin à l’ENSET de Sarh avant de poursuivre des études universitaires à Ngaoundéré. Pourtant, c’est au sein de sa famille que son engagement pour la langue des signes a pris racine. Son père, Alladoum Samuel, est une figure emblématique du soutien aux personnes sourdes au Tchad, en tant que président fondateur de l’Association nationale des déficients auditifs (ANDAT) et directeur de plusieurs écoles spécialisées.

Inspiré par l’œuvre de son père, Djerané a choisi de poursuivre cette mission. « Après mes études, je me suis dit : celui qui n’a pas mieux fait que son père a vécu inutilement », déclare-t-il avec détermination. C’est dans cette optique qu’il s’est formé en 2015 pour devenir interprète professionnel, consolidant ainsi ses compétences en langue des signes.

En 2019, Djerané a renforcé son engagement en se mettant particulièrement au service des conférences, formations et ateliers, offrant ses services d’interprétation pour surmonter les barrières de communication rencontrées par les personnes sourdes. « J’ai décidé de devenir un interprète et formateur en langue des signes en 2019 », explique-t-il, conscient des enjeux d’accessibilité auxquels font face les personnes ayant des limitations auditives.

Dans un pays où les besoins sont grands, Djerané insiste sur le rôle crucial des interprètes de langue des signes : « Il ne se contente pas de ‘faire des gestes’ : il maîtrise une véritable langue ». Son travail ne se limite pas à l’interprétation en milieu éducatif ; il s’étend à des domaines variés tels que la santé, la justice ou encore l’administration publique.

Cependant, le chemin de l’inclusion est semé d’embûches. Djerané identifie plusieurs défis majeurs : le manque de formation, l’absence de reconnaissance professionnelle des interprètes, un environnement médiatique peu adapté et des financements insuffisants pour supporter les initiatives d’accessibilité. Ces obstacles sont des freins à l’égalité d’accès à l’information pour les personnes sourdes.

Évoquant l’avenir, Djerané Malachie note que des progrès ont été réalisés en termes de reconnaissance des droits des personnes sourdes, mais il reste beaucoup à faire pour assurer un accès égalitaire à l’information et aux services publics. L’objectif est de garantir que ces personnes puissent interagir directement et efficacement avec les institutions dans une langue qui leur est accessible.

À travers son engagement, Djerané Malachie montre que la langue des signes ne se résume pas à une forme de communication pour les sourds, mais est un vecteur essentiel d’inclusion et de participation sociale. En célébrant la Journée internationale des langues des signes, il rappelle à tous l’importance de cet outil dans la quête de l’égalité et de l’autonomie pour chacun.