« L’argent change-t-il les hommes ? Quand l’opulence pousse à abandonner son épouse »
Au Tchad, le remariage en cas de réussite financière laisse les premières épouses dans l’ombre
Au Tchad, le phénomène de remariage s’intensifie lorsque certains hommes disposent d’argent, laissant leur première épouse dans une précarité souvent accentuée. Ce comportement soulève des questions cruciales sur la responsabilité, la fidélité et le respect au sein des foyers.
Dans les quartiers de N’Djamena et d’autres villes, de nombreuses femmes partagent leur expérience amère. Face à l’arrivée d’argent – même modeste, comme une somme de cinq mille francs CFA –, certains maris envisagent immédiatement de prendre une nouvelle épouse, pendant que leur première femme se charge seule des besoins du foyer et des enfants. Une mère de famille, qui souhaite garder l’anonymat, exprime son désarroi : « Nous travaillons dur pour nos enfants, mais dès qu’il a un peu d’argent, mon mari cherche à épouser une autre femme. On se sent abandonnées et humiliées. »
Cependant, les difficultés qui en découlent ne sont pas uniquement de l’ordre financier. Certains hommes évoquent aussi un profond sentiment de négligence affective. Un père de famille souligne : « Ma femme est une mère exceptionnelle, mais j’ai parfois l’impression d’être devenu invisible. Quand je me suis blessé au dos, elle s’est montrée plus préoccupée par les enfants que par ma santé. Je souhaite une partenaire qui puisse trouver un équilibre entre son rôle de mère et celui d’épouse. »
Les conséquences de ce déséquilibre sont délicates : tensions conjugales, surcharge de responsabilités pour la première épouse, conflits familiaux, et parfois même ruptures des liens affectifs. De nombreux sociologues tchadiens relèvent que ce comportement est enraciné dans des croyances traditionnelles, un manque de responsabilisation des hommes et l’autonomie économique souvent limitée des femmes. Cela perpétue un cycle de dépendance et d’inégalité.
Des associations locales œuvrent pour sensibiliser les couples à l’importance du respect mutuel et à la nécessité de partager les responsabilités au sein du ménage. Malgré leurs efforts, les mentalités évoluent lentement. Les normes sociales en vigueur et l’absence de cadre juridique dissuasif entretiennent les comportements traditionnels. Les initiatives de changement, bien qu’encourageantes, peinent à trouver un écho dans la réalité quotidienne.
En attendant une prise de conscience généralisée, de nombreuses femmes continuent de lutter pour leur dignité et celle de leurs enfants. Elles multiplient les activités commerciales et informelles pour assurer la subsistance de leur foyer, illustrant ainsi leur résilience face à des situations souvent difficiles. Leurs histoires témoignent d’une quête de sécurité et d’indépendance face à une réalité socioculturelle complexe.