Le fouet à l’école : un héritage de douleur qui altère l’avenir des enfants

Les Châtiments Corporels Persistants dans les Écoles Tchadiennes

Au Tchad, l’usage des châtiments corporels, notamment le fouet, demeure une réalité inquiétante dans les établissements scolaires, malgré les efforts déployés pour promouvoir des pratiques éducatives plus respectueuses.

Les enseignants recourent à ce type de sanctions physiques pour punir divers comportements jugés indésirables, tels que les retards, le bavardage ou le manque de sérieux. Ce phénomène est largement accepté par le corps enseignant, au point que de nombreux élèves éprouvent une véritable appréhension à l’idée de retourner à l’école. Entre crainte et anxiété, ces enfants se trouvent souvent dans l’obligation de supporter ces traitements en silence.

Une Pédagogie Contestée

Pour les éducateurs, l’utilisation du fouet est perçue comme un moyen de maintenir la discipline au sein des classes. Cependant, cette méthode peut avoir des conséquences graves, entraînant blessures physiques et traumatismes psychologiques. Mbaiornom Elysée, un enseignant du primaire, exprime son point de vue sur la question : « Nous n’utilisons pas le fouet dans le but de faire du mal aux élèves, mais pour les recadrer. Cependant, certains enseignants en abusent, laissant des marques parfois indélébiles. Dans ce cas, on ne parle plus d’enseignement, mais de torture. »

Malgré une interdiction apparente de cette pratique dans les établissements publics, instaurée par des rapports de 2014, le manque de clarté dans la législation permet de continuer à l’appliquer sans réelle contrainte. Certains enseignants justifient leur approche en mettant en avant les principes de la discipline, tout en reconnaissant que des actions de sensibilisation existent pour favoriser des méthodes éducatives positives.

Appréhension au Quotidien

Les répercussions de cette méthode sur les jeunes esprits sont profondes. Djeguedem Arnaud, père de trois enfants, témoigne de l’angoisse éprouvée par son fils : « Dès le matin, il pleure et refuse de s’habiller pour aller à l’école, m’assurant qu’il sera frappé. Le soir, il tente de négocier pour ne pas y retourner. Parfois, je me sens impuissant face à sa détresse. »

Nelemta Josephine, mère de cinq enfants, fait écho à ces préoccupations. Après avoir perçu que ses enfants refusaient de se rendre à l’école sans raison valable, elle décide de rencontrer les responsables de l’établissement. « Je croyais d’abord qu’ils ne voulaient pas aller à l’école pour des caprices, mais un jour, mon fils m’a montré ses blessures au dos causées par le fouet. J’étais stupéfaite, et j’ai dû intervenir pour que le directeur prenne des mesures. » Elle insiste sur le fait que les parents doivent prendre ces plaintes au sérieux : « L’école doit être un refuge pour nos enfants, pas une source d’angoisse. »

Vers un Changement Nécessaire

Face à cette situation alarmante, il devient crucial de considérer la nécessité d’impliquer les parents et de surveiller le comportement des élèves à l’école, tout en promouvant des alternatives aux châtiments corporels. Des pratiques éducatives positives, comme la discipline non punitive et la communication apaisée, apparaissent comme des solutions envisageables pour créer un climat de confiance propice à l’apprentissage.

Les approches suggérées mettent l’accent sur la responsabilisation des élèves. Par exemple, si un enfant ne parvient pas à s’assimiler dans ses leçons, répondre à la situation par des réparations (comme nettoyer ou réparer) serait plus constructif que l’application de violence. Les enseignants seraient également incités à dialoguer avec les élèves, à cerner leurs comportements, et à valoriser leurs succès pour encourager un environnement scolaire sain.

Perspectives d’Avenir

Pour bâtir un climat scolaire sécurisé et respectueux des droits de l’enfant, il est essentiel de sensibiliser les différents acteurs de l’éducation (les parents, les enseignants et le personnel administratif) aux méthodes non violentes. Cela permettrait de remplacer la peur par le développement des compétences émotionnelles et sociales des élèves, garantissant ainsi un cadre d’apprentissage enrichissant et constructif.

La question des châtiments corporels dans les écoles au Tchad devrait donc être au cœur des réflexions sur la pédagogie et le bien-être des enfants, avec l’espoir de voir émerger des pratiques qui soutiennent leur développement harmonieux et respectent leur dignité.