Le régime actuel du Tchad : une continuité familiale selon Mahamat Zene Cherif
Hommage et Critiques : Cinq Ans Après la Disparition d’Idriss Déby Itno
Le Tchad commémore le cinquième anniversaire du décès du président Idriss Déby Itno, abattu le 20 avril 2021 lors d’un affrontement. Alors que le pays rend hommage à son ancien leader, Mahamat Zene Chérif, chef du parti Tchad Uni, partage une vision critique de l’héritage laissé par Déby.
Cinq ans après, Mahamat Zene Chérif dresse un bilan sévère de la situation socio-politique au Tchad. Il souligne que depuis la disparition de Déby, la démocratie a reculé, et un climat de peur inhibe la participation citoyenne. « Nous vivons dans une forme de dictature non déclarée », affirme-t-il avec regret. Selon lui, son parti a refusé de s’associer aux dialogues et élections de la transition, qu’il qualifie d’« illusions ».
Chérif critique la suppression des limites présidentielles et la domination du Mouvement Patriotique du Salut (MPS), le parti au pouvoir, ainsi que ses alliés. Il voit dans ces manœuvres une consolidation du pouvoir et une fusion préoccupante entre l’État et le parti. La Constitution modifiée, dit-il, a façonné cette « confusion » orchestrée autour du pouvoir central.
Cette homogénéité politique, note-t-il, bloque l’émergence d’une véritable gouvernance démocratique. En l’absence d’une légitimité populaire, les autorités restreignent les libertés fondamentales et emploient la justice pour museler l’opposition. « L’inquiétude d’un soulèvement grandit chez ceux dépourvus de l’approbation du peuple », observe Chérif.
La rémanence du népotisme, dit-il, est un prolongement direct du régime de Déby père. Malgré un changement à la tête de l’État, les pratiques demeurent inchangées et sont entretenues par une élite opportuniste. Les défaillances au sein de l’appareil judiciaire et sécuritaire minent les efforts de bonne gouvernance. Chérif insiste qu’un pouvoir issu des urnes est crucial pour restaurer l’ordre démocratique.
Sur le plan de la sécurité, Chérif remet en cause l’orientation militaire actuelle, qui privilégie la protection des dirigeants aux dépens de la sécurité citoyenne. Il déplore que lors de manifestations, les forces de l’ordre se concentrent sur la répression, tandis que les citoyens sont laissés sans défense face à la criminalité courante.
Enfin, il appelle à l’organisation d’un dialogue national inclusif pour refonder les structures étatiques et répondre aux aspirations de la population. Pour Chérif, ce dialogue doit inclure tous les acteurs de la société, y compris ceux en exil ou détenus, et aborder des sujets sans tabous comme la laïcité et la structure de l’État.
Ainsi, tout en rendant hommage à Idriss Déby Itno, le Tchad se retrouve à un carrefour, entre mémoire et critique, invitant à des réflexions profondes sur la consolidation de sa démocratie.