Les avocats du général Miskine dénoncent une détention jugée arbitraire au Tchad, soulevant des enjeux juridiques cruciaux.
Détention préventive prolongée au Tchad : Les avocats dénoncent une violation des droits fondamentaux
Les avocats du général Abdoulaye Miskine,ancien chef du mouvement rebelle centrafricain FDPC, dénoncent une atteinte aux droits fondamentaux de leurs clients, qui se trouvent en détention préventive depuis plus de trois ans, sans procès.
Depuis le 1er juin 2020, Miskine et trois de ses compagnons sont incarcérés au Tchad sans avoir été jugés ni même avoir reçu une ordonnance régulière de prolongation de leur détention. Cette situation enfreint les articles 313, 314 et 315 du Code de procédure pénale tchadien, stipulant qu’une détention préventive en matière criminelle ne peut excéder un an, sauf décision motivée d’un juge d’instruction. Me Benjamin Mamgodibaye, l’un des avocats de la défense, a exprimé son indignation : « Nos clients sont privés de liberté depuis plus de cinq ans sans jugement. La procédure n’a pas suivi les règles légales, ce qui rend leur détention irrégulière et abusive. »
Cette affaire n’est pas seulement une question juridique, mais elle comporte également des répercussions politiques et régionales. Le général Miskine, dont le vrai nom est Koumtanmadji Martin, a été l’un des signataires de l’accord de paix de Khartoum en 2019, visant à mettre fin aux conflits en République centrafricaine. Selon la défense, il aurait répondu à une invitation du défunt maréchal Idriss Déby Itno pour participer à des médiations de paix avant d’être arrêté.
Outre les aspects juridiques, la santé du général Miskine inquiète sa défense. Les avocats ont révélé que l’homme souffre de multiples problèmes de santé, y compris des troubles cardiaques, rénaux et diabétiques, et qu’il n’a pas accès à des soins médicaux adéquats à la maison d’arrêt de Klessoum. Un rapport médical joint à l’affaire recommande des soins spécialisés, voire une évacuation sanitaire. Selon Me Mamgodibaye, des médicaments nécessaires lui auraient été confisqués, et il se retrouve isolé de toute assistance médicale.
La situation judiciaire autour de l’affaire du général Miskine est également préoccupante. La Chambre d’accusation de la Cour d’appel de N’Djamena avait clôturé l’instruction et transmis le dossier en janvier 2021, mais aucune audience n’a été programmée depuis. Les avocats, faisant face à cette inertie, se sont tournés vers la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme une grave violation des droits fondamentaux.
La défense des accusés espère qu’une action de la Chambre d’accusation conduira à leur libération immédiate, à condition qu’aucune autre poursuite ne soit engagée à leur encontre. « La loi impose au parquet d’agir. Le maintien de ces hommes en détention sans jugement est une violation manifeste des droits humains », conclut Me Mamgodibaye.
Cette situation soulève des questions sur l’état de la justice au Tchad et l’application des droits de l’homme dans un contexte où les tensions politiques et militaires demeurent vives. Les autorités, confrontées aux appels à la justice et à la transparence, devront faire face aux implications de cette affaire, tant sur le plan interne qu’international.