Les énergies renouvelables en marche malgré l’inaction politique.
Sommet climatique à Belém : vers une décennie d’action face aux enjeux environnementaux
La 30e Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques, ou COP30, se tient actuellement au Brésil et marque un tournant capital dans la lutte contre le réchauffement climatique, dix ans après l’Accord de Paris.
Organisée à Belém, à l’embouchure de l’Amazone, cette rencontre rassemble près de 200 pays, ainsi que des milliers de dirigeants, scientifiques, militants et entrepreneurs. La présidence brésilienne présente cet événement comme la « COP de la mise en œuvre », avec pour enjeu majeur de transformer les promesses environnementales en actions concrètes.
Avec pour objectif ambitieux de maintenir le réchauffement climatique à 1,5 °C, le Sommet s’articule autour de trois axes principaux : définir un nouvel objectif de financement mondial, ouvrir une nouvelle ère pour la protection des forêts, et adopter une nouvelle génération de contributions déterminées au niveau national (CDN). À cette fin, l’ONU a organisé un Sommet mondial des dirigeants pour l’action climatique juste avant le début officiel des négociations, afin d’insuffler un élan aux échanges.
L’ouverture de ce Sommet a été marquée par des déclarations optimistes de la part de plusieurs chefs d’État, qui ont souligné une inversion importante de la dynamique économique et technologique. António Guterres, le Secrétaire général de l’ONU, a affirmé que le monde était en pleine « révolution des énergies renouvelables », commentant que « l’ère des énergies fossiles touche à sa fin » et que « l’avenir des énergies propres est en train de se dessiner ».
Ces propos se basent sur des chiffres précis datant de 2024. Guterres, accompagné de Simon Stiell, Secrétaire exécutif de la Convention-cadre des Nations-Unis sur les changements climatiques, a mis l’accent sur plusieurs points cruciaux :
- En 2023, les investissements dans les énergies propres ont atteint 2 000 milliards de dollars, surpassant de 800 milliards le montant investi dans les énergies fossiles.
- Environ 90 % de la nouvelle capacité de production d’électricité installée dans le monde en 2024 proviendrait des énergies renouvelables.
- Les énergies solaire et éolienne sont désormais les sources d’électricité les moins chères dans la plupart des régions, créant trois fois plus d’emplois que les énergies fossiles.
Guterres a affirmé que l’énergie propre surpassait désormais les énergies fossiles en termes de coût, de performance et de potentiel. Stiell a complété ces déclarations, rappelant que bien que la réponse mondiale au changement climatique reste incomplète, elle a déjà modifié la trajectoire du réchauffement climatique.
Cependant, le défi principal désormais n’est plus d’ordre technologique, mais réside dans la rapidité et l’équité des actions entreprises. Stiell a exprimé que les plans climatique et les financements pourraient servir d’étincelle pour accélérer les actions et promouvoir la croissance verte à travers le monde.
Un défi de taille se dresse devant les négociateurs, alors que la COP30 s’ouvre dans un contexte politique fracturé, marqué par l’absence de dirigeants de certaines des plus grandes économies mondiales, notamment les États-Unis, la Chine, l’Inde et la Russie.
La non-participation du président américain Donald Trump est particulièrement problématique. Connu pour ses critiques acerbes du changement climatique qu’il qualifie de « plus grande supercherie jamais perpétrée contre le monde », sa position remplie de méfiance à l’égard des initiatives climatiques risque d’aggraver les tensions lors des discussions. Le président brésilien, Luiz Inácio Lula da Silva, a d’ailleurs averti contre les « forces extrémistes qui propagent de fausses informations ». Les dirigeants de la Colombie et du Chili n’ont pas hésité à qualifier Trump de « menteur », dénonçant son rejet des données scientifiques sur le climat.
Cette crise diplomatique a été mise en avant par le Premier ministre britannique, Sir Keir Starmer, qui a exprimé son désarroi face à l’affaiblissement du soutien politique autour du changement climatique. Ce sujet, qui autrefois fédérait une large communauté internationale, semble aujourd’hui diviser.
Un des objectifs centraux de la COP30 est d’inciter les pays participants à soumettre des plans de réduction des émissions plus ambitieux. Figurant au cœur de l’ordre du jour, la « Feuille de route Bakou-Belém » se fixe pour but d’augmenter le financement climatique de 300 milliards à 1 300 milliards de dollars par an d’ici 2035. Comme l’a exposé Simon Stiell, cet objectif représente un « intérêt partagé » plutôt qu’un acte de charité, soulignant l’importance d’investir dans la stabilité et la prospérité.
Cependant, un incident survenu à la veille des négociations a révélé l’ampleur du fossé entre les discours optimistes et la réalité actuelle. Le Brésil, pays hôte, avait mis en avant un ambitieux programme de 125 milliards de dollars, le « Fonds pour les forêts tropicales éternelles », destiné à protéger les grandes forêts pluviales du monde. Ce plan reposait sur la promesse de lever 25 milliards de dollars de fonds publics en provenance des pays développés. Or, à la dernière minute, le Royaume-Uni a surpris tous les participants en se retirant du fonds, un geste qualifié de « coup dur » pour le Brésil, qui a exprimé sa colère face à cette décision.
Au-delà des discussions de haut niveau, des négociations techniques rassemblant près de 200 pays seront menées pour approfondir les échanges. Le programme de la COP30 se révèle complexe, englobant la trentième session de la Conférence des Parties (COP 30), la septième session de l’Accord de Paris (CMA 7) et les soixante-troisièmes sessions des organes subsidiaires chargés de fournir un avis scientifique (SBSTA 63) et de mettre en œuvre (SBI 63).
Les sujets de discussion incluront plusieurs domaines principaux :
- Financement : Ce volet, central, se concentre non seulement sur l’objectif de 1 300 milliards de dollars, mais aussi sur la nécessité de débloquer des fonds pour l’adaptation et le soutien au Fonds pour les pertes et dommages.
- Atténuation et CDN : Une majorité des pays n’ayant pas soumis de nouveaux plans climatiques plus ambitieux pour 2030, cet objectif doit être renforcé pour obtenir des résultats concrets.
- Transition juste : La protection des travailleurs et des communautés pendant la transition énergétique est une priorité mise en avant par Guterres.
- Nouvelles demandes : Les discussions vont également se pencher sur les demandes énergétiques massives, avec pour objectif que la croissance soit soutenue par des énergies propres plutôt que par la relance des énergies fossiles.
- Transparence : Les pays devront progresser sur les nouveaux « rapports de transparence biennaux », garantissant un suivi des engagements pris.
À l’orée de ces deux semaines cruciales, la COP30 se trouve à un carrefour délicat. La « révolution des énergies renouvelables » a effectivement fourni les moyens nécessaires pour combattre le changement climatique, une réalité confirmée par les dirigeants présents. Cependant, cet optimisme reste fragile, confronté à un paysage de volonté politique fracassé, à l’absence de figures de proue et à une méfiance croissante au sujet des financements.
La signification symbolique d’une telle réunion en Amazonie est indéniable, mais ses résultats demeurent incertains. Le véritable enjeu pour la COP30 sera de déterminer si la « feuille de route Bakou-Belém », visant à stimuler le financement et à mobiliser de nouvelles CDN ambitieuses, parviendra à combler le fossé entre les possibilités économiques et les réalités politiques actuelles. Les jours à venir se révéleront décisifs pour juger si le monde est en mesure de circonscrire la « décennie d’accélération » tant espérée.