Les fusions-acquisitions en Afrique prévues pour exploser en 2026 : un tournant économique majeur à venir.
Une dynamique renouvelée pour le secteur amont énergétique africain en 2026
Le secteur amont africain de l’énergie s’apprête à vivre une période dynamique en 2026, alors que les fusions et acquisitions (M&A) continuent de redéfinir ses contours.
À l’horizon 2026, les experts anticipent une intensification des activités de fusion et d’acquisition sur le continent. Selon la Chambre africaine de l’énergie, cette dynamique est alimentée par des réalignements stratégiques entre les compagnies pétrolières indépendantes mondiales, les multinationales du secteur et les opérateurs locaux. Les nouveaux cycles d’octroi de licences présentent également des opportunités prometteuses au sein des bassins matures ainsi que dans des zones émergentes. Ces enjeux seront au cœur des discussions lors de la prochaine African Energy Week (AEW), où les acteurs de l’industrie examineront l’impact des transactions d’entreprises et des stratégies d’octroi de licences sur le secteur amont africain.
Dans un cadre plus global, les fusions et acquisitions dans le secteur amont ont enregistré un volume de 51 milliards de dollars au cours du premier semestre 2025, une baisse comparée au second semestre de 2024. Cette contraction est attribuée à une volatilité accrue des marchés, à une instabilité financière, ainsi qu’à des mesures commerciales américaines, poussant les entreprises à adopter une posture plus conservatrice. Bien que le volume des transactions ait montré une légère augmentation à l’échelle internationale, il reste en deçà des niveaux historiques, les regroupements d’entreprises attirant davantage d’investissements alors que les ventes d’actifs autonomes stagnent. Face à cette réalité, les sociétés en amont se concentrent sur la maximisation du rendement du capital pour leurs actionnaires, en privilégiant les transactions complémentaires ainsi que les projets d’exploration conjointe dans leurs marchés clés.
En Afrique, le paysage des fusions et acquisitions est en pleine mutation. Un mouvement significatif se dessine, avec des compagnies pétrolières indépendantes mondiales qui liquidddent leurs actifs matures, permettant ainsi aux acteurs locaux et régionaux d’accroître leur présence sur le marché. Au cours de la dernière décennie, des entreprises nigérianes telles que Seplat, Oando, First E&P, Amni, Conoil, Newcross, Aiteo, Neconde et Shoreline ont su tirer parti des enchères et acquisitions pour étoffer leurs portefeuilles. Cette tendance s’est poursuivie jusqu’en 2024 et au début de 2025, avec plusieurs transactions remarquables qui ont profondément transformé le secteur amont nigérian. Parmi celles-ci figurent la cession par ExxonMobil de 30 % de ses parts dans Mobil Producing Nigeria Unlimited à Seplat Energy, le transfert des actifs onshore d’Eni à Oando, ainsi que la vente des actifs nigérians de TotalEnergies et Equinor à Chappal Energies Offshore.
Mars 2025 a été marqué par une nouvelle étape importante : la vente par Shell de sa filiale Shell Petroleum Development Company of Nigeria Ltd à Renaissance, un consortium composé de cinq entreprises d’exploration et de production nigérianes, majoritairement indigènes. Ces mouvements illustrent l’importance croissante des opérateurs locaux sur le marché onshore, tandis que les entreprises internationales continuent de jouer un rôle stratégique dans les champs en eaux profondes. Dans ce contexte, la décision finale d’investissement de Shell concernant le projet Bonga North en haute mer témoigne d’un regain de confiance de la part des investisseurs, soutenu par les réformes apportées par la loi nigériane sur l’industrie pétrolière et l’allègement des processus d’approbation des cessions.
Parallèlement, d’autres pays africains voient également leurs sociétés commerciales internationales ajuster leurs portefeuilles. L’acquisition par Vitol des actifs d’Eni en Côte d’Ivoire et en République du Congo pour 1,65 milliard de dollars illustre le renforcement de sa position sur le continent, tout en garantissant un approvisionnement en gaz naturel liquéfié (GNL) et des synergies commerciales. Cette stratégie de cession permet à Eni de conserver son rôle d’opérateur tout en monétisant des participations minoritaires en vue de financer des projets de transition énergétique. De même, l’acquisition par Shell de 12,5 % de l’actif nigérian de Bonga détenu par TotalEnergies pour 510 millions de dollars met l’accent sur les projets à rendement élevé et soutient les objectifs de production de la compagnie sur le marché mondial.
Les cycles d’octroi de licences à travers le continent viennent également alimenter le dynamisme des fusions et acquisitions. Malgré quelques retards en Angola, au Congo, en Sierra Leone et en Tanzanie, le début de l’année 2025 a été marqué par une activité significative en Algérie et en Libye. Le premier cycle d’appel d’offres en Algérie depuis dix ans a vu l’attribution de cinq des six blocs en jeu, introduisant de nouvelles conditions de partage de production ainsi que des améliorations en matière de redevances et de fiscalité. De même, le premier cycle d’octroi de licences en Libye depuis 17 ans, qui concerne 22 blocs, a introduit des incitations fiscales revisitées pour attirer les investissements. Ces avancées témoignent d’une tendance vers des contrats favorables aux investisseurs à travers le continent, ouvrant des perspectives aussi bien pour les producteurs émergents que pour ceux déjà établis.
NJ Ayuk, président exécutif de la Chambre africaine de l’énergie, souligne que le secteur pétrolier et gazier africain devrait connaître des opérations de consolidation significatives en 2026, en particulier parmi les entreprises indépendantes régionales de taille moyenne. Selon lui, cette évolution reflète une volonté d’optimiser l’efficacité et la compétitivité du secteur, avec des retombées potentiellement bénéfiques à long terme tant pour le continent que pour l’industrie elle-même.
Il précise, par ailleurs, que bien que la liquidité demeure le principal moyen de transaction en Afrique, on note une tendance à l’augmentation des échanges d’actions, indiquant un changement dans les modes de financement des opérations.
M. Ayuk conclut en observant que le climat actuel dans le secteur africain du pétrole et du gaz peut être décrit comme étant d’une agression mesurée, de nombreuses entreprises mettant à profit une approche opportuniste alors que la dynamique commerciale s’accélère à l’approche de 2026.
Ainsi, avec une conjoncture favorable et des transformations structurelles en cours, le secteur amont africain semble prêt à relever les défis et à saisir les opportunités qui se présentent à lui dans un contexte économique mondial complexe.