Les jeunes diplômés face au défi de l’emploi : un paradoxe inquiétant
Des Espoirs Évanouis au Tchad
Une jeunesse en quête d’avenir
Au Tchad, de nombreux jeunes diplômés se trouvent piégés dans un marché de l’emploi saturé, alors qu’ils s’étaient promis un avenir radieux grâce à leurs études.
Une réalité décevante
Ces dernières années, les universités tchadiennes ont formé des milliers de jeunes, armés de diplômes et d’ambitions. Pourtant, le constat est amer : le marché du travail offre peu de perspectives. Djimasra Eric, 27 ans, licencié en sociologie, témoigne : « On nous a toujours dit que l’université était la clé de la réussite. » Aujourd’hui, cet espoir s’estompe. Les journées d’Eric se déroulent entre discussions et jeux de cartes, souvent en attendant des recrutements qui ne se concrétisent jamais.
Malgré leur formation, la réalité est celle d’un marché de l’emploi saturé. Les opportunités d’embauche dans la fonction publique se font rares, et le secteur privé reste embryonnaire. Adam, détenteur d’un master en communication, dépeint une situation désolante : « Le problème, ce n’est pas le manque de volonté, c’est l’absence d’opportunités. » Après de nombreux stages non rémunérés et des candidatures infructueuses, il se retrouve avec ses amis au carrefour du quartier, en quête de réconfort et de partage face à leurs frustrations.
Un lieu de socialisation en dépit de l’angoisse
Les carrefours, espaces de rencontre des jeunes, leur offrent un répit face à un quotidien pesant. Ce ne sont pas seulement des lieux d’oisiveté mais aussi des centres d’échange d’informations relatives aux concours et commentaires sur les offres d’emploi souvent incertaines. Les jeux y sont une échappatoire, permettant d’oublier, ne serait-ce qu’un instant, le lourd poids de l’échec. Cependant, derrière les apparentes légèretés, se cachent des réalités plus sombres. De nombreux jeunes ressentent une perte de confiance en eux, soumise à une pression familiale incessante et au sentiment d’inutilité. Moussa, 30 ans et père d’un enfant, partage son vécu : « Quand tu es diplômé et que tu dépends encore de tes parents, c’est humiliant. »
Les conséquences de l’inactivité
Cette période prolongée d’inactivité pousse de nombreux jeunes vers des dérives inquiétantes. Certains se dirigent vers la consommation de drogues, d’autres vers de petits délits, voire l’émigration clandestine. Un étudiant en droit résume ainsi la désespérance ambiante : « Le temps passe, l’âge avance et les chances diminuent. » Ce constat pessimiste alimente un cycle de frustration qui risque de durer si aucune mesure n’est entreprise pour redresser la situation.
Un frémissement d’espoir
Malgré cet environnement sombre, l’espoir demeure tenace chez ces jeunes. Beaucoup croient qu’une fenêtre d’opportunité finira par s’ouvrir. Certains choisissent de s’inscrire à des formations en ligne afin d’améliorer leurs compétences, tandis que d’autres ouvrent de petites activités informelles, faisant face à l’incertitude de l’avenir.
Un appel à l’attention des décideurs
Derrière cette jeunesse désillusionnée se profile un appel silencieux aux autorités tchadiennes. La question de l’emploi des jeunes est devenue un défi majeur pour le Tchad. Sans l’introduction de politiques publiques efficaces et adaptées au marché de l’emploi, cette génération risque de rester bloquée dans cette attente désespérée.
En somme, dans un contexte où les rêves s’estompent progressivement, ces jeunes continuent de jouer aux cartes, d’échanger des idées et de nourrir l’espoir que des jours meilleurs finiront par arriver.