L’exode rural et l’explosion démographique à N’Djamena : comment relever le défi du logement ?

L’exode rural au Tchad : une fuite vers la capitale

Dans le cadre d’une dynamique d’exode rural croissante, beaucoup de jeunes Tchadiens quittent leurs villages pour rejoindre N’Djamena, en quête de meilleures opportunités économiques et d’amélioration des conditions de vie.

À Walia, dans le 9e arrondissement de N’Djamena, Neronel Alliance, une jeune femme d’une vingtaine d’années, explique son choix de fuir Bodo, son village natal. Elle évoque des conditions de vie précaires et indique qu’il est difficile de trouver des emplois dans les campagnes. « Les activités agricoles sont souvent dégradées et les opportunités économiques sont rares dans les provinces, c’est ce qui nous pousse à chercher de l’emploi en ville », déclare-t-elle.

Djelassem Junior, un autre jeune originaire de Doba, renchérit sur ce constat : « Les investissements sont massivement dirigés vers N’Djamena. La ville, malgré ses défis, offre plus de modernité et de possibilités que les campagnes, où l’accès à des services de base comme l’éducation ou internet est limité. En tant que jeune avec des ambitions, je suis à la quête d’un avenir meilleur ».

L’expert en sociologie, Agaziz Baroum, souligne que cet exode est le fruit d’un déséquilibre économique flagrant entre les provinces, souvent en difficulté, et la capitale, qui connaît un développement constant. Ce phénomène de migration s’accompagne d’une série de facteurs complexes, où la dégradation des activités agricoles et l’absence de perspectives d’avenir dans les zones rurales poussent les jeunes vers la ville.

Selon Baroum, les jeunes ruraux migrent avec l’espoir de trouver du travail et d’améliorer leur vie. Ils fuient également des réalités telles que les conflits intercommunautaires, les tensions entre agriculteurs et éleveurs, ou encore la pauvreté et les accusations de sorcellerie qui affligent de nombreuses communautés.

Ce départ massif des jeunes a des conséquences profondes sur les zones rurales, entraînant une perte de main-d’œuvre essentielle et un abandon progressif de l’agriculture, un secteur stratégiquement important pour le développement économique du Tchad. Le sociologue pointe du doigt l’absence de politiques efficaces en matière d’aménagement du territoire qui contribuerait à aggraver la situation.

Baroum appelle à une évaluation des politiques publiques, plaidant pour un investissement considérable dans les infrastructures rurales. Il suggère d’encourager l’entrepreneuriat agricole et d’améliorer les conditions de vie dans les villages afin de retenir la jeunesse. L’État, selon lui, doit réviser sa stratégie de lutte contre la pauvreté, l’impunité et les conflits sociaux tout en prévoyant des programmes de formation qui permettraient aux jeunes de se lancer dans des projets locaux.

L’arrivée à N’Djamena n’est pas sans défis pour ces migrants. Baroum met en lumière les difficultés d’adaptation et d’intégration auxquelles font face les jeunes. Souvent, ils se retrouvent contraints de vivre à plusieurs dans des logements exigus, confrontés à des problèmes d’accès à des services essentiels. Il souligne l’importance d’une régulation des loyers dans la capitale et appelle à des aménagements pour faciliter l’accès aux quartiers périphériques, où nombre de ces jeunes s’installent.

Enfin, le sociologue insiste sur la nécessité de construire des logements sociaux pour les populations à faibles revenus et d’établir des services fondamentaux tels que l’éducation, la santé, l’eau potable et l’électricité. En créant un environnement plus attrayant, il espère que les jeunes Tchadiens envisageront à nouveau de s’établir dans leurs villages d’origine, contribuant ainsi à revitaliser les zones rurales et à initier un véritable développement local durable.

La situation actuelle révèle une dynamique complexe d’exode rural, intimement liée à des enjeux économiques cruciaux et à des défis sociétaux plus larges. En l’absence de mesures appropriées, cette tendance risque d’appauvrir davantage les campagnes, exacerbant une instabilité socio-économique déjà présente.