Logone Occidental : l’eau potable, un luxe
Dans le Logone Occidental, l’accès à l’eau potable reste un luxe
Dans la province du Logone Occidental, au Tchad, l’accès à l’eau potable demeure un défi quotidien pour de nombreuses familles. À Moundou, la capitale provinciale, ainsi que dans d’autres localités environnantes, les habitants doivent souvent parcourir de longues distances pour s’approvisionner en eau. Celles-ci sont confrontées à des pannes fréquentes des infrastructures existantes comme les forages et châteaux d’eau, ainsi qu’à une insuffisance générale de réseaux d’adduction d’eau potable.
Au petit matin, dans certains quartiers de Moundou, il n’est pas rare de voir des familles entières se presser autour des rares points d’eau fonctionnels. Les habitants, porteurs de bidons, attendent patiemment leur tour. Lorsque le réseau d’eau est défaillant, les puits privés ou communautaires deviennent des solutions de repli, malgré les doutes concernant la potabilité de l’eau qu’ils fournissent. Memelelem Chancela, habitante du quartier Djarabé, exprime son inquiétude : « Nous avons besoin que l’eau soit disponible régulièrement. Quand le point d’eau ne fonctionne pas, nous sommes obligés de chercher ailleurs. »
Cette situation n’est pas exclusive à Moundou. À Guelkoura, une autre localité de la province, Deneramadji Gloria, trentenaire, décrit le quotidien difficile des ménages confrontés aux pénuries d’eau : « Quand il n’y a pas d’eau, il faut parcourir une certaine distance pour en trouver. Cela prend du temps et nous oblige parfois à acheter l’eau. »
Les difficultés rencontrées ne sont pas dues uniquement à la quantité limitée de points d’eau, mais aussi à leur mauvais entretien. À Mballa Banyo, une localité située à une trentaine de kilomètres de Moundou, la situation est particulièrement préoccupante. Sur les 96 pompes à motricité humaine recensées, 36 sont hors d’usage, et les deux châteaux d’eau de la zone ne fonctionnent plus. Djekalé François, originaire de Mballa Banyo, appelle à un engagement accru des autorités : « Nous demandons aux autorités de considérer que le besoin prioritaire actuel de la population de Mballa reste l’accès à l’eau potable. »
Malgré ces constats alarmants, quelques initiatives sont en cours pour améliorer l’accès à l’eau. À Moundou, l’installation de dix nouveaux forages a été annoncée, de même que la mise en place de systèmes de pompage solaire et de bornes-fontaines pour les zones périphériques. Toutefois, Djérakoula Amédée, du quartier Dombao, appelle à la vigilance et à l’action concrète : « Nous voulons une eau disponible, pas seulement des projets annoncés. Lorsque les installations tombent en panne, il faut qu’elles soient rapidement réparées. »
Malgré le potentiel favorable en ressources en eaux souterraines, les provinces du Logone Occidental et du Logone Oriental présentent des taux d’accès à l’eau inférieurs à 40 %, d’après une analyse de la Banque mondiale effectuée en 2015. En l’absence de données récentes, l’état actuel de l’infrastructure hydraulique reste incertain et pose un réel problème pour la planification des politiques publiques dans la région.
Face à une demande non satisfaite et des infrastructures dégradées, la population du Logone Occidental attend des solutions pérennes. L’enjeu est crucial pour améliorer les conditions de vie, particulièrement dans une région où l’accès à l’eau potable doit cesser d’être un luxe.