Montée inquiétante des agressions contre les journalistes à l’est de la RDC, alerte RSF

L’escalade des violences contre les journalistes en RDC

Les journalistes opérant dans l’est de la République démocratique du Congo sont confrontés à une recrudescence des violences et des pressions, a averti Reporters sans frontières (RSF) le jeudi 25 mars. Cette situation reflète l’aggravation du conflit dans cette région instable.

Depuis 2021, le groupe armé M23, soutenu par le Rwanda, contrôle de vastes territoires dans cette région riche en ressources naturelles, prise dans le cycle des conflits depuis près de trois décennies. En 2025, le M23 a pris possession des villes de Goma en janvier puis de Bukavu en février, y établissant une administration parallèle.

Sadibou Marong, directeur du bureau Afrique subsaharienne de RSF, affirme que la guerre a fait de la RDC un véritable épicentre de danger pour les journalistes de la région des Grands Lacs. Jeanne Lagarde, responsable du plaidoyer pour l’Afrique subsaharienne au sein de l’ONG, rapporte que près de 500 journalistes ont été arrêtés au cours des dix dernières années, dont 111 détenus au-delà de 48 heures, souvent pendant des mois, voire des années. La RDC représente plus de la moitié de ces incidents.

Un rapport publié mardi par RSF montre que deux journalistes ont été emprisonnés par le M23 dans des conteneurs réaménagés en prisons improvisées, où jusqu’à 80 détenus sont détenus dans des conditions inhumaines. Le mouvement rebelle a aussi imposé une « formation idéologique » à au moins quatre journalistes, censuré certains programmes radiophoniques, et obligé la diffusion de contenus spécifiques.

Les autorités congolaises, pour leur part, accusent souvent les journalistes de collusion avec le M23 et le Rwanda. Selon Jeanne Lagarde, « les journalistes se retrouvent entre l’enclume du M23 et le marteau des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) ». Le Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication multiplie les mesures perçues comme de la censure, et la prise de Goma a intensifié la désinformation des deux camps en présence.

Entre 2023 et début 2025, environ 90 journalistes des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu ont dû quitter leur domicile, selon l’Union nationale de la presse congolaise (UNPC). D’après RSF, tous les journalistes de l’est interrogés ont constaté une dégradation significative de leurs conditions de travail depuis la chute de Goma. Cette détérioration souligne l’urgence d’une intervention internationale pour stabiliser la région et protéger les professionnels des médias.

Ainsi, la situation dans l’est de la RDC reste critique pour la liberté de la presse et la sécurité des journalistes, qui continuent d’exercer leur métier sous la menace constante.