N’Djamena : Bilibili, survie économique et crise sanitaire

N’Djamena : La bilibili, entre survie économique et urgence sanitaire

À N’Djamena, la bilibili, une boisson traditionnelle à base de céréales fermentées, est bien plus qu’une simple boisson. Pour de nombreuses femmes, ce commerce est une source de revenus essentielle qui leur permet de subvenir aux besoins de leur famille. Cependant, la réalité derrière cette production est préoccupante, marquée par une insalubrité ambiante qui représente un risque pour la santé publique, notamment dans le contexte actuel de recrudescence des cas de choléra dans la capitale.

Lors d’une visite des ateliers de fabrication de la bilibili, il est facile de constater les conditions de propreté déplorables dans lesquelles cette boisson est préparée. De nombreux lieux de production sont caractérisés par une absence manifeste d’hygiène. Les résidus de céréales, souvent laissés à même le sol, attirent les mouches et autres nuisibles, tandis que les cendres de cuisson contribuent à un environnement malsain. Malgré ces conditions, les consommateurs continuent à acheter cette boisson, parfois avec un certain fatalisme : « Mouche ou pas, nous, on consomme seulement ! », confie un client tout en chassant les insectes de sa boisson.

Cette indifférence apparente des consommateurs contraste avec la gravité de la situation sanitaire dans la ville. En effet, N’Djamena fait face à une hausse inquiétante des cas de choléra, rendant d’autant plus cruciale la question de l’hygiène autour de la bilibili. La saison des pluies ajoute une couche supplémentaire aux défis déjà présents, avec la stagnation des eaux créant un environnement propice à la prolifération des maladies.

Les vendeuses de bilibili, souvent issues de milieux socio-économiques défavorisés, affirment que l’entretien des lieux de vente ne relève pas de leur responsabilité. « La responsabilité d’aménager revient à la propriétaire du cabaret, pas aux femmes qui viennent seulement préparer leur bilibili », déclare une consommatrice interrogée à Chagoua. Cette répartition des responsabilités soulève des questions sur la nécessité d’une prise de conscience collective en matière d’hygiène et de sécurité alimentaire.

Dans un contexte où la précarité est souvent citée pour justifier les manquements en matière d’hygiène, il est essentiel de se poser la question. Est-il vraiment impossible d’introduire des normes de propreté élémentaires même dans un cadre de travail précaire ? La tolérance des conditions sanitaires déplorables, justifiée par la pauvreté, expose les consommateurs à des risques sanitaires majeurs liés aux maladies hydriques.

Face à la menace que représente cette situation pour la santé publique, une action concertée des autorités semble indispensable. Il est crucial que des mesures soient prises pour réguler le secteur de la bilibili, garantir des conditions de travail plus saines et sécurisées pour les femmes qui la préparent, mais surtout protéger la santé des consommateurs. La sensibilisation à l’importance de l’hygiène doit devenir une priorité afin de préserver la santé des N’Djamenois et de prévenir des épidémies.

En conclusion, la bilibili demeure une part intégrante de la culture et de l’économie de N’Djamena, tout en soulevant des enjeux de santé publique qui ne peuvent plus être ignorés. Les acteurs locaux, ainsi que les autorités, doivent collaborer pour améliorer les conditions de production et de consommation de cette boisson emblématique, afin de garantir une meilleure qualité de vie à tous.