N’Djamena : Danger sous nos pieds avec les fosses septiques
À N’Djamena, la pratique de la vidange sauvage des fosses septiques constitue une menace cachée mais sérieuse pour la santé publique et l’environnement. Cette méthode, bien que discrète, gagne du terrain dans les zones densément peuplées de la capitale tchadienne. Dès la tombée de la nuit ou au début des saisons pluvieuses, des individus armés simplement de pelles et de seaux s’attèlent à vider les latrines familiales. Les boues ainsi extraites finissent souvent par être enfouies directement dans les cours ou dans des fosses improvisées à proximité des habitations. Une solution certes économique et rapide, mais qui masque un risque majeur.
Selon Ouang-Yang Laouna, spécialiste en environnement, cette pratique découle principalement d’un manque criant d’infrastructures adaptées pour gérer les boues de vidange. « C’est une pratique dangereuse, en particulier durant la saison des pluies », avertit-il. Avec les précipitations, l’eau s’infiltre dans le sol, entre en contact avec les matières fécales et pollue la nappe phréatique. Une situation alarmante alors que N’Djamena est confrontée à une épidémie de choléra qui sévit dans plusieurs quartiers de la ville.
La capitale tchadienne a déjà recensé plus de 66 cas de choléra, et la contamination des nappes phréatiques en est une des causes principales. Lorsque les eaux de citerne enfin mélangées aux matières fécales arrivent à stagner, elles deviennent aussi propices à la prolifération des larves de moustiques, augmentant ainsi les risques de maladies telles que le paludisme.
Ouang-Yang Laouna souligne que les enjeux sont prioritairement sanitaires. Les forages de la ville étant peu profonds, les infiltrations d’eau après les pluies se mêlent rapidement aux points d’eau consommés par les habitants, mettant en péril des milliers de vies. Les problèmes de santé publique qui en résultent nécessitent une attention immédiate.
Face à ces constats préoccupants, l’expert en environnement propose plusieurs solutions. Parmi elles, la mise en place de campagnes de sensibilisation pour informer la population des dangers de cette pratique, mais aussi la préservation des ressources naturelles et la construction de stations de traitement des boues de vidange.
Il travaille actuellement sur un projet innovant de biodigesteurs qui pourrait révolutionner la gestion des déchets organiques à N’Djamena. « Un réseau de biodigesteurs dans notre ville permettrait de traiter les matières fécales en les transformant en ressources énergétiques comme le gaz et l’électricité », explique-t-il avec espoir. Ce système pourrait non seulement éliminer le besoin de solutions de vidange sauvages, mais également fournir une source d’énergie renouvelable pour desservir toute la capitale tchadienne.
La question de la vidange sauvage des fosses septiques ne peut être ignorée, et des mesures immédiates doivent être entreprises pour éviter une aggravation de la situation. L’initiative de Ouang-Yang Laouna pour un changement durable pourrait représenter un tournant décisif vers un avenir plus sain et respectueux de l’environnement pour les habitants de N’Djamena.