N’Djamena : des détentions prolongées face à l’absence persistante de la partie civile
Prolongation des détentions à la maison d’arrêt de N’Djamena : une situation alarmante
Le système judiciaire de la maison d’arrêt de N’Djamena fait face à une problématique inquiétante : la prolongation des détentions d’individus en conflit avec la loi, souvent due à l’absence répétée de la partie civile lors des audiences de jugement.
Depuis plusieurs mois, un phénomène récurrent complique fortement le fonctionnement des tribunaux. Les plaignants ou leurs représentants légaux s’abstiennent fréquemment de se présenter aux audiences, entraînant des reports de procès. Cette situation maintient de nombreux détenus en prison pour des durées qui peuvent sembler injustifiées.
Les avocats de la partie civile avancent régulièrement des motifs parfois flous pour justifier ces absences. Parmi les excuses qui reviennent le plus souvent, on peut entendre des affirmations telles que « Mon client est en mission, c’est pourquoi il n’est pas là » ou encore « Mon client est souffrant ». Ces raisons, qui peuvent sembler valides à première vue, sont souvent remises en question, car elles aboutissent systématiquement à des ajournements des procédures judiciaires, entraînant une prolongation de la souffrance des accusés.
Cette dynamique fait l’objet de vives critiques au sein de la communauté juridique. Lors d’une audience le 21 octobre 2025 au Tribunal de Grande Instance de N’Djamena, un avocat a exprimé sa colère face à cette situation. Visiblement désabusé, il a déclaré : « De toute évidence, la partie civile cherche uniquement à voir mon client croupir à la maison d’arrêt. C’est devenu un jeu de ping-pong de leur côté. Si le plaignant est présent, son avocat ne se présente pas ; si l’avocat est là, le plaignant ne vient pas. Ce n’est pas normal. »
Ce « jeu de ping-pong », comme l’a défini l’avocat, pose des questions sur les véritables motivations derrière ces absences. Pour certains observateurs, le but n’est plus simplement d’obtenir justice, mais d’utiliser la procédure judiciaire comme un moyen de faire souffrir l’autre partie grâce à l’abus de détention préventive. Un tel comportement pourrait avoir des répercussions sur la confiance du public vis-à-vis du système judiciaire, remettant en cause l’équité de la justice.
Cette évolution est d’autant plus préoccupante dans un contexte où le respect des droits de l’accusé, notamment celui à un procès rapide et juste, est primordial. Les perturbations engendrées par ces retards peuvent avoir des conséquences sérieuses sur la vie des détenus, au-delà de leur détention prolongée. Les critiques appelant à un examen approfondi de ces pratiques se multiplient, avec des juristes et des défenseurs des droits de l’homme qui demandent une vigilance accrue afin de garantir que les procédures judiciaires ne deviennent pas des instruments de vengeance personnelle.
Enfin, les témoignages sur les conditions de détention et les frustrations des avocats soulignent l’urgence d’adresser cette crise. Les audiences qui doivent normalement servir à faire respecter les droits des individus se transforment ainsi en une suite de renvois, générant un cercle vicieux difficile à briser. Ce constat affligeant appelle à une réflexion collective sur le système judiciaire afin de trouver des solutions permettant de restaurer la confiance du public et de préserver les droits de tous les justiciables.