N’Djamena : prolifération des dos-d’âne artisanaux

Les ralentisseurs artisanaux en plein essor à N’Djamena

À N’Djamena, capitale tchadienne, une nouvelle tendance se développe dans plusieurs quartiers pour contrer la vitesse excessive des automobilistes : des dos-d’âne construits artisanalement par les habitants eux-mêmes. Face à une recrudescence des accidents de la circulation, cette initiative citoyenne vise à assurer la sécurité routière dans les zones sensibles, notamment autour des écoles et des centres de santé.

Dans le quartier Habbena du 7ᵉ arrondissement, ces ralentisseurs deviennent un élément omniprésent du paysage urbain. De nombreux habitants, interpellés par les excès de vitesse, ont décidé de prendre les choses en main. Les conducteurs se doivent désormais de ralentir face à ces obstacles placés à intervalles réguliers, souvent tous les quelques centaines de mètres.

« Les dos d’âne dans les quartiers sont généralement installés à proximité des écoles, des centres de santé et d’autres infrastructures sensibles », explique Olivier, un jeune habitant de Habbena. Selon lui, ces constructions artisanales servent aussi de signal visuel, indiquant aux conducteurs la nécessité d’une vigilance accrue.

Toutefois, la multiplication parfois anarchique de ces ralentisseurs suscite quelques critiques. Mahamat, un automobiliste, souligne que dans certains quartiers, ces installations semblent apparaître sans justification claire. « Il n’y a pas d’enfants qui jouent sur les grandes voies dans certaines zones, mais des dos d’âne y sont installés simplement parce que d’autres en ont construit ailleurs », se plaint-il.

Bertrand, un autre conducteur, partage ce sentiment en déplorant les conséquences pour les usagers de la route. « Avant même de rejoindre la route goudronnée, on peut franchir plus d’une vingtaine de dos d’âne », se lamente-t-il.

Ces initiatives, bien qu’animées par des motivations sécuritaires, semblent se multiplier sans encadrement officiel. La mairie du 1er arrondissement affirme ne pas avoir été informée de ces constructions. Ali Tobyo Thibaut, chargé de communication de l’arrondissement, reconnaît néanmoins l’aspect positif de ces réalisations spontanées, dès lors qu’elles contribuent à sécuriser les abords des établissements scolaires.

« La mairie n’est pas au courant de ces initiatives, mais elles peuvent être perçues positivement dans la mesure où elles renforcent la sécurité», a-t-il affirmé.

Si la volonté de sécuriser la circulation routière semble légitime, plusieurs habitants appellent à une harmonisation des initiatives. Ils souhaitent que ces installations respectent des normes précises pour éviter les abus et garantir la fluidité de la circulation.

Cette situation met en lumière l’importance d’une gestion coordonnée entre autorités locales et citoyens, afin de créer un équilibre entre sécurité routière et commodité pour les usagers. Les ralentisseurs artisanaux, en plein essor à N’Djamena, deviendront-ils un modèle de coopération citoyenne ou resteront-ils une solution temporaire face aux excès de vitesse ? Les débats autour de cette question se poursuivent, reflétant un enjeu crucial pour la capitale tchadienne.