N’Djamena se tourne vers le solaire pour contrer les coupures d’électricité

Coupures d’électricité et montée de l’énergie solaire au Tchad : un défi face aux fortes chaleurs

Les coupures d’électricité se multiplient au Tchad durant la période de chaleur intense entre mars et mai, plaçant les commerçants et les ménages dans une situation délicate.

Chaque année, cette saison, marquée par des températures élevées, entraîne une augmentation des coupures de courant. Les commerçants, en particulier ceux dont l’activité dépend de la réfrigération, comme ceux vendant des glaçons, des boissons fraîches ou des produits laitiers, se trouvent de plus en plus en difficulté. Ces interruptions de service compromettent leur capacité à maintenir leurs produits au frais, ce qui limite non seulement leurs activités, mais met également en péril leur source de revenus.

Les ménages ne sont pas épargnés par ce phénomène. Les ventilateurs, climatiseurs et réfrigérateurs deviennent inutilisables pendant les vagues de chaleur, rendant la vie quotidienne particulièrement pénible pour les personnes âgées et les groupes vulnérables. Les conditions de vie se détériorent, exacerbant un environnement déjà difficile par la chaleur intense.

Face à cette problématique, l’énergie solaire émerge comme une alternative en plein essor. De plus en plus de Tchadiens, munis de moyens financiers adéquats, choisissent d’installer des panneaux solaires. Cette démarche est motivée non seulement par les coupures fréquentes, mais également par l’insuffisance structurelle d’accès à l’électricité dans le pays. Le Tchad affiche un taux d’électrification alarmant d’environ 12 %, et dans les zones rurales, ce chiffre s’effondre à seulement 0,4 %, selon des données récentes.

Hadjé, une commerçante du quartier Diguel Centre, témoigne de sa transition vers l’énergie solaire après des années de difficultés : « Avant, j’utilisais l’électricité pour vendre des glaçons et des yaourts. Mais avec les coupures récurrentes, investir dans des panneaux solaires a été ma seule option. Aujourd’hui, c’est devenu une solution efficace pour ma boutique, surtout pendant le mois de Ramadan. »

Dans un pays sahélien où le soleil brille presque toute l’année, l’énergie solaire s’avère prometteuse. Les panneaux solaires sont désormais visibles dans différents quartiers de la capitale, symbolisant une prise de conscience croissante de cette source d’énergie renouvelable.

Parallèlement, l’État, par le biais de l’Agence pour le Développement de l’Électrification Rurale et la Maîtrise de l’Énergie (ADERM), a lancé divers programmes pour améliorer l’électrification dans les zones rurales isolées. Des lampadaires solaires ont été installés dans plusieurs rues d’Ndjamena, reflétant une volonté politique de promouvoir les énergies renouvelables.

Cependant, malgré cette dynamique encourageante, le coût des installations solaires demeure prohibitif pour une grande partie de la population. Un kit solaire complet, incluant panneaux, batteries, régulateur et installation, peut atteindre entre 350 000 et 400 000 francs CFA, un montant inabordable pour de nombreux ménages vivant sous le seuil de pauvreté. Souleymane Idriss, un père de famille, exprime son désespoir : "L’énergie renouvelable pourrait résoudre nos problèmes d’électricité, mais avec nos faibles revenus, comment pourrions-nous y accéder ?"

Avec un ensoleillement abondant, le Tchad possède un potentiel vaste pour le développement de l’énergie solaire. Néanmoins, même avec des allégements fiscaux, la mise en place d’un système solaire domestique reste un investissement lourd pour les familles à faibles revenus. Les coûts récurrents liés au remplacement des batteries continuent de représenter un fardeau financier. Des experts estiment qu’une intervention plus substantielle de l’État, via des subventions, des facilités de paiement ou des partenariats avec des fournisseurs étrangers, pourrait élargir l’accès à ces technologies solaires.

Par ailleurs, encourager l’importation de panneaux solaires à des prix compétitifs, notamment en provenance de pays producteurs comme la Chine, pourrait alléger les coûts et faciliter l’accès à l’énergie renouvelable, évitant ainsi une "transition à deux vitesses" où seuls les foyers plus aisés obtiendraient une électricité fiable.

À l’échelle continentale, des initiatives comme Desert to Power, parrainées par la Banque africaine de développement, visent à accroître la capacité solaire du Tchad avec des objectifs définis pour 2030.

En somme, alors que les coupures de courant persistent et affectent gravement le quotidien des Tchadiens, l’énergie solaire constitue une alternative appréciable. Reste à déterminer comment rendre cette solution accessible à un plus grand nombre, avec des retombées positives visibles dans les quartiers, les marchés et les zones rurales, où le besoin est nettement pressant.