N’Djaména : un forum inédit pour faire parler les chiffres sur l’égalité des genres

Le Tchad accueille un forum inaugural sur les statistiques de genre

Un forum crucial se déroule à N’Djaména, réunissant divers acteurs pour discuter de la disponibilité et de l’utilisation des statistiques de genre au Tchad.

L’Institut national de la statistique, des études économiques et démographiques (INSEED), en partenariat avec ONU Femmes, a lancé la première édition du forum annuel concernant les données de genre, tenue les 11 et 12 février à N’Djaména. Ce rassemblement clé inclut des institutions publiques, ministères sectoriels, partenaires techniques et financiers, ainsi que des organisations de la société civile et des médias. L’objectif principal est de faire le point sur les statistiques de genre disponibles dans le pays et de cerner les défis associés à leur production et à leur intégration dans les politiques publiques.

S’exprimant lors de l’ouverture, Soulef Guessoum, conseillère genre pour ONU Femmes, a mis en exergue l’importance de ce forum, soulignant son rôle critique à un moment stratégique pour le Tchad. Le pays, en effet, a récemment adopté des cadres stratégiques audacieux, dont la Politique nationale de l’égalité 2026-2030. Cette politique s’aligne avec la Vision 2030, le Plan national de développement, les Objectifs de développement durable (ODD) et l’Agenda 2063 de l’Union africaine.

Pour Guessoum, le développement durable et inclusif reste inévitablement lié à l’égalité entre les sexes. Elle a insisté sur la nécessité de des données fiables pour mettre en lumière les inégalités persistantes. En citant un proverbe révélateur — « Ce qui n’a pas été compté ne comptera pas » —, elle a plaidé pour une production renforcée de statistiques désagrégées par sexe, notamment dans des domaines prioritaires tels que les violences basées sur le genre et l’inclusion économique des femmes.

Youssouf Ibn Ali, intervenant au nom du directeur général de l’INSEED, a souligné un déficit préoccupant : moins de 30 % des indicateurs de genre associés aux ODD sont actuellement disponibles au Tchad. Cette lacune compromet la planification fondée sur des données probantes. Il a illustré les inégalités persistantes : bien que les femmes représentent plus de la moitié de la population et une part significative de la main-d’œuvre, seule une minorité dispose d’un compte bancaire (0,5 %), a accès à Internet (moins de 5 %), ou possède des terres agricoles (environ 10 %). Dans le secteur commercial, elles représentent presque la moitié des effectifs actifs, mais détiennent seulement 3 % des entreprises formelles.

Les organisateurs espèrent que ce forum servira à renforcer la coordination entre institutions, à mieux cartographier les acteurs, et à aboutir à des recommandations concrètes ainsi qu’à une feuille de route nationale pour le futur. « Sans statistiques fiables, il n’y a pas de politique publique efficace », a conclu le représentant de l’INSEED, soulignant ainsi l’importance critique de cette initiative.

En conclusion, ce forum ouvre la voie à une meilleure compréhension des défis liés aux statistiques de genre au Tchad. Il met en lumière l’urgence de combler les lacunes actuelles pour favoriser des politiques plus informées et inclusives.