Nguérek : l’alerte sur l’alcool frelaté qui menace la vie de nos jeunes
La circulation de l’alcool frelaté s’intensifie à N’Djamena, malgré l’interdiction
À N’Djamena, la vente d’alcool frelaté, connu localement sous le nom de « Nguérek », continue de se propager, en dépit d’un décret gouvernemental interdisant sa commercialisation.
Malgré le décret n°2835/PCMT/PMT/MSPSN/2022, signé le 5 septembre 2022, qui prohibe l’importation, la production, la détention, la vente et la consommation de ces boissons, des produits d’alcool non régulés sont toujours disponibles dans les marchés et quartiers de la capitale tchadienne. Ce phénomène persistant préoccupe de nombreux acteurs de la société, qui pointent du doigt l’inefficacité des mesures prises par les autorités pour faire respecter la loi.
Les sachets de « Nguérek » se vendent à des prix défiant toute concurrence, variant entre 50 et 100 FCFA, rendant ces alcools accessibles à la plupart des populations, y compris les jeunes et les personnes âgées. Les quartiers populaires de N’Djamena sont devenus des lieux de vente illégale de ces boissons, souvent à bas prix, attirant ainsi ceux qui n’ont pas les moyens de se procurer des alternatives plus saines comme la bière, par exemple.
Mahamat, un jeune de 24 ans, témoigne de sa consommation régulière de ces produits, en avouant : « C’est fort, ça monte vite à la tête. Je sais que ce n’est pas bon, mais je n’ai pas les moyens pour une bière à 1000 francs, avec seulement un 100 francs Nguérek ». Ce ressenti est partagé par Mbaï Odoum, un mototaximan, qui évoque son utilisation de sachets de marques comme Midori et Golden pour agrémenter ses soirées sans débourser trop d’argent. Ce mode de consommation est banalisé dans certaines franges de la population, illustrant le désespoir économique qui pousse à la recherche de solutions accessibles, bien que risquées.
Du côté des vendeurs, la situation est tout aussi préoccupante. Une femme, commerçante au marché de Dembé, a déclaré : « Nous savons que c’est interdit, mais nous vendons pour subvenir à nos besoins afin de survivre ». Cette phrase résume un dilemme moral auquel sont confrontés de nombreux Tchadiens, pris entre l’application de la loi et la nécessité de gagner leur vie.
Malgré les efforts des autorités sanitaires et de sécurité pour éradiquer ce fléau, l’alcool frelaté continue de prospérer. Ce phénomène s’explique en grande partie par la pauvreté ambiante, le chômage élevé et la criminalité, mais aussi par un manque de contrôle rigoureux des marchés. Des sources locales rapportent même que des ateliers clandestins de fabrication d’alcool ont vu le jour dans les quartiers périphériques de N’Djamena. Ces structures opèrent en secret et enseignent aux jeunes à créer de l’alcool à partir de colorants et d’autres produits chimiques potentiellement dangereux pour la santé.
La prolifération d’alcools frelatés représente une menace silencieuse, nourrissant des problèmes de santé publique et de délinquance. Les conséquences de cette situation sont alarmantes : des cas d’empoisonnement ou d’addiction se multiplient dans les quartiers touchés. Au-delà des questions de santé, cette problématique soulève des interrogations sociopolitiques sur la capacité de l’État à protéger sa population tout en assurant un cadre économique stable.
Face à la gravité de la situation, une campagne de sensibilisation et des mesures répressives plus rigoureuses apparaissent nécessaires pour endiguer ce phénomène. Toutefois, le chemin vers une régulation efficace se heurte aux réalités socio-économiques du Tchad. Les autorités doivent naviguer entre la nécessité de préserver la santé publique et celle de garantir un minimum de subsistance aux plus démunis, situation qui complique la réponse à ce problème croissant.
Ainsi, la lutte contre l’alcool frelaté à N’Djamena est un véritable défi qui nécessite une approche multidimensionnelle, impliquant la sensibilisation, la régulation stricte des marchés et une attention particulière aux conditions de vie des populations. La pérennité de la jeunesse et l’avenir d’une société saine reposent aujourd’hui sur la capacité à agir contre cette menace.