Ormuz bloqué : Dangote prône l’indépendance africaine pour les engrais
Une Nouvelle Ère pour l’Agriculture Éthiopienne avec la Construction d’une Usine d’Engrais
Addis-Abeba, Éthiopie – Aliko Dangote, homme d’affaires nigérian et figure emblématique de la richesse africaine, a visité le site d’un ambitieux projet industriel à Gode, dans le sud-est de l’Éthiopie. Ce projet se matérialisera par l’érection d’une vaste usine de production d’engrais, symbole de l’aspiration du continent africain à l’autosuffisance.
Cette usine, dont l’annonce a été faite pour août 2025, vise à produire annuellement trois millions de tonnes d’engrais. Sa taille la placera parmi les cinq plus grands complexes mondiaux spécialisés dans la production d’urée, un composant clé des engrais azotés, d’après les autorités locales.
Actuellement, l’Éthiopie, deuxième pays le plus peuplé d’Afrique après le Nigeria, est dépendante des importations pour subvenir à ses besoins en engrais. Les fluctuations des prix, amplifiées par le blocage stratégique du détroit d’Ormuz, ont exacerbé cette dépendance. Aliko Dangote a souligné qu’avant les tensions au Moyen-Orient, le pays payait la tonne d’engrais à moins de 400 dollars. Un coût qui a grimpé à 850 dollars le mois dernier, mettant en lumière la fragilité de la situation éthiopienne.
Dans ce contexte de vulnérabilité, Dangote a affirmé que l’Afrique ne pouvait plus se permettre de dépendre d’entités externes. La construction de cette usine est perçue comme une révolution pour le secteur agricole en Éthiopie, potentiellement transformant le paysage agraire du pays.
Le projet, situé à environ 700 kilomètres de la capitale Addis-Abeba, devrait être achevé dans un délai de 30 mois. Le Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, présent aux côtés de Dangote lors de la visite du site, a exprimé sa détermination à renforcer la sécurité alimentaire nationale par ce biais.
Selon la Banque mondiale, le prix des engrais pourrait augmenter de 31 % d’ici 2026, avec une envolée de 60 % spécifiquement pour l’urée. Cette escalade menace les marges des agriculteurs en comprimant leurs revenus, une préoccupation accentuée par le Programme alimentaire mondial qui craint que ces difficultés d’approvisionnement n’entraînent 45 millions de personnes supplémentaires vers une insécurité alimentaire aiguë.
L’usine représente un investissement colossal de 2,5 milliards de dollars, structuré par un accord qui prévoit une répartition des parts à hauteur de 40 % pour l’Éthiopie et 60 % pour le groupe Dangote. Ce projet s’inscrit dans la vision d’Abiy Ahmed, au pouvoir depuis 2018, visant à moderniser une économie longtemps dominée par l’État, en attirant les investissements étrangers.
Dangote, maintes fois reconnu comme l’homme le plus riche d’Afrique par le magazine Forbes, dirige un conglomérat présent dans divers secteurs tels que le ciment, le sucre et les engrais. En 2024, il a inauguré la plus grande raffinerie d’Afrique au Nigeria, contribuant significativement à la réduction de la dépendance de son pays aux importations de carburant.
Finalement, ce projet doit non seulement fortifier l’économie éthiopienne mais pourrait également servir de modèle et catalyseur pour d’autres initiatives similaires à travers le continent, consolidant encore davantage la quête d’autonomie de l’Afrique.