Ouadi Doum : Un ancien chef militaire libyen évoque les choix fatals

Ouadi Doum : Un ancien chef d’état-major libyen évoque les erreurs militaires ayant conduit à la défaite

Dans un récent épisode de l’émission « Nawazid », diffusé par Libya Al-Ahrar en août 2024, un ancien chef d’état-major libyen a partagé son témoignage sur les événements qui ont précédé la capture de Ouadi Doum et les décisions tactiques qui ont conduit à une défaite retentissante. Ces révélations mettent en lumière des choix stratégiques controversés impliquant le colonel Khalifa Haftar et le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi.

Les combats à Ouadi Doum ne se résument pas à un unique affrontement, mais à une série de batailles, trois au total, toutes perdues par les forces libyennes. Au cœur de cette débâcle, le témoignage met en avant les décisions prises par le commandement militaire qui, selon lui, ont amplifié les conséquences dramatiques sur le terrain.

L’histoire débute avec une patrouille de reconnaissance chargée d’explorer la route entre Ouadi Doum et Fada, en prévision d’une opération visant à reprendre cette région. Cependant, cette patrouille a rapidement été attaquée et a subi des pertes considérables. En réaction, le commandement a pris la décision d’envoyer la moitié des forces initialement déployées pour l’opération de reprise de Fada afin de secourir les soldats en détresse. Une fois sur place, ils ont récupéré les corps et enterré les morts, mais leur mission a abruptement pris fin et ils ont été contraints de rester dans la région, au lieu de retourner à leur base.

Cette insistance à maintenir les forces sur le terrain a mené à une autre décision contestable. Après trois jours, une patrouille de reconnaissance adverse a été repérée. Face à cette situation, le commandant sur place a été contraint de changer de position sur les ordres du commandement, dirigé par Khalifa Haftar. Loin d’être une simple formalité, cette manœuvre nocturne a exposé les forces à un risque accru en rendant leur déplacement facilement détectable par l’ennemi.

Le lendemain matin, l’inéluctable s’est produit : les forces de Habré, ayant suivi le mouvement, ont attaqué, réduisant l’unité à néant. Le bilan était dramatique : plusieurs centaines de soldats, représentant une part significative de la force engagée pour l’opération de reprise, ont été perdus. Malgré l’échec retentissant, des ordres similaires ont continué d’être donnés. Une seconde unité, envoyée vers le même secteur, a subi un sort similaire, suivie peu après par un groupement de réserve.

Le 22, la situation atteignait son paroxysme. Les forces adverses, profitant des erreurs répétées du commandement libyen, ont poursuivi leur offensive et atteint Ouadi Doum, qui s’est finalement retrouvé pratiquement sans défense. La série de choix stratégiques malavisés, couplée à une défaillance dans le leadership opérationnel, a été fatale.

Ce témoignage met en lumière des dynamiques de commandement militaro-politique observées durant le conflit, où la responsabilité des pertes semble partagée entre différents niveaux de commandement. L’ancien chef d’état-major interroge ainsi l’indépendance des décisions militaires prises par Haftar par rapport aux ordres supérieurs de Kadhafi, en soulignant la nécessité d’une réflexion critique sur les choix tactiques qui ont marqué cette période tumultueuse de l’histoire libyenne.

Les conséquences de ces événements sont encore palpables aujourd’hui, et la manière dont les leçons de ce passé seront interprétées pourrait influencer les générations futures. Si l’équipement militaire et la puissance de feu ont des rôles indéniables dans les conflits, il reste que ce sont souvent les décisions stratégiques qui déterminent l’issue des combats.