Partenariat militaire France-Tchad : l’asymétrie persiste, l’impasse
Coopération militaire franco-tchadienne : De la tension à une nouvelle approche partenariale
Le 13 octobre dernier, à Paris, une déclaration d’intention marquant la relance de la coopération en matière de défense entre le Tchad et la France a été signée. Ce document vient clore près de deux années de tensions diplomatiques et ouvre un nouveau chapitre pour les relations militaires entre les deux nations. Le politologue Dr Yamingué Bétinbaye a partagé ses analyses sur cette évolution au cours d’une interview accordée à Tchadinfos.
Selon Dr Bétinbaye, la signature de cette déclaration d’intention est un message fort destiné aux opinions publiques des deux pays ainsi qu’à la communauté internationale. Elle officialise la fin d’une période de « désamour », permettant ainsi d’entrevoir une coopération renouvelée et harmonieuse. Depuis plusieurs mois déjà, des signes de rapprochement et de collaboration dans le domaine de la défense et de la sécurité étaient perceptibles, mais ce geste formalise l’entente naissante.
La déclaration d’intention trace les contours d’un partenariat stratégique articulé autour de quatre axes majeurs : la formation, l’expertise, l’industrie de défense, et les innovations technologiques. Pour Dr Bétinbaye, il s’agit là d’une prise de conscience mutuelle indispensable. Le Tchad a toujours besoin de la France, et vice versa », affirme-t-il, résumant ainsi l’importance réciproque de cette coopération.
Cet accord permet également un repositionnement stratégique de la France en Afrique. En parallèle, le Tchad espère tirer avantage de l’expertise française pour développer son industrie de défense, notamment par le biais de Sahel Défense Industrie, tout en préservant ses partenariats existants avec des pays comme la Turquie.
Cependant, le politologue met en garde contre une reprise sur des bases asymétriques, un écueil des relations passées où la France était perçue comme le bienfaiteur et le Tchad comme le simple récepteur. Dr Bétinbaye souligne la nécessité vitale d’un partenariat équitable, où les deux pays échangent sur un pied d’égalité. « Il est crucial que si le Tchad reçoit, il ait aussi à offrir, et si la France apporte, qu’elle reçoive également », insiste-t-il, prônant un modèle de collaboration « décomplexé ».
Pour rappel, en novembre 2024, le Tchad avait décidé de rompre ses accords de défense avec la France, ce qui avait entraîné la fermeture des bases militaires françaises et le retrait des troupes en janvier 2025. Cette décision résultait de désaccords autour du repositionnement stratégique français en Afrique, jugé inacceptable par les autorités tchadiennes, notamment suite aux recommandations du rapport Bockel.
En conclusion, la relance de la coopération militaire entre la France et le Tchad représente une opportunité de renforcer des liens anciens sur des bases plus équilibrées et réciproquement avantageuses. En envisageant cette nouvelle phase, les deux pays devront travailler à faire de cette coopération un modèle de partenariat moderne et égalitaire.