Pourquoi jeter ses déchets est-il si commun ?
Jeter les déchets dans la rue : un geste banal aux conséquences lourdes à N’Djamena
Dans les rues de N’Djamena, le phénomène de déchets jonchant le sol semble s’être banalisé. En dépit des efforts répétés de la mairie pour organiser des journées de salubrité et des campagnes de sensibilisation, de nombreux quartiers de la capitale tchadienne font face à une insalubrité persistante.
Le sociologue Dr François Ndilbé, invité dans l’émission « La Matinale » de Tchadinfos, s’est penché sur les raisons de cette pratique généralisée. Selon lui, le problème découle en partie d’une perception urbaine erronée. « La plupart des habitants de N’Djamena confondent l’espace urbain avec l’espace villageois ou sauvage. Ils considèrent la rue comme un lieu qui n’appartient à personne, d’où l’absence de responsabilisation concernant l’entretien de cet espace », analyse le sociologue.
Ce manque de distinction affecte indifféremment les citadins natifs et ceux issus de zones rurales, y compris les individus avertis et responsables. Le paradoxe réside dans la capacité des habitants à entretenir des objets de valeur, tels que les téléphones portables, tout en négligeant l’importance de gérer convenablement leurs déchets.
Cette négligence se reflète aussi par un effet de mimétisme au sein de la société. Dr Ndilbé souligne que les actions des personnes perçues comme éduquées influencent le comportement général. Par exemple, lorsqu’une telle personne se débarrasse d’un déchet par la fenêtre d’une voiture, son geste peut être perçu comme une norme par ceux qui l’observent. Ce phénomène s’étend jusqu’à ceux supposés faire respecter la propreté, comme certains agents d’assainissement qui manquent parfois à leur devoir.
Au manque d’infrastructures adéquates, comme les poubelles et les moyens de collecte, s’ajoute une gestion inefficiente des ordures due à une insuffisance de services techniques. Toutefois, pour Dr Ndilbé, ces problèmes ne justifient pas entièrement la situation. Il observe que les habitants, attachés à la propreté de leur domicile, voient la rue comme un espace impersonnel destiné aux déchets.
Le sociologue appelle à des campagnes de sensibilisation mieux adaptées aux réalités locales, en préconisant l’implication de figures d’autorité communautaire telles que les chefs de quartier dont la voix résonne mieux au sein de la population. De plus, il souligne la nécessité pour les dirigeants de prêcher par l’exemple. « La population tchadienne veut voir ceux qui prennent les décisions sur le terrain. Si le maire nettoie sa circonscription, cela motivera les jeunes et les habitants à suivre le mouvement », affirme-t-il.
Quant à l’application de sanctions, Dr Ndilbé insiste sur la cohérence entre les discours et les actions des responsables pour qu’elles soient perçues comme légitimes et efficaces. Il met également en avant l’importance d’une sensibilisation qui explique les enjeux liés à la gestion des déchets, au-delà des simples injonctions. Cela permettrait aux citoyens de devenir acteurs de cette démarche, au lieu de rester de simples spectateurs passifs.
En conclusion, la résolution de ce problème d’insalubrité repose sur une prise de conscience collective, appuyée par des actions concertées et exemplaires, autant des citoyens que des autorités. Les solutions existent, mais leur application nécessite une volonté commune et un engagement à long terme.