Raréfaction des ressources : tensions croissantes dans les campagnes

Agriculture et élevage au Tchad : la raréfaction des ressources accentue les tensions dans les campagnes

Au Tchad, l’agriculture et l’élevage, qui constituent les activités vitales pour la majorité de la population, sont de plus en plus menacés par une série de facteurs interconnectés. Le réchauffement climatique, une démographie en forte hausse et des tensions croissantes sur l’utilisation des terres contribuent à créer un climat de conflit entre agriculteurs et éleveurs.

Avec plus de 80 % de la population reliant ses revenus à l’agriculture, les conséquences de la diminution des précipitations sont lourdes. En réponse à la situation alarmante qui pourrait conduire à une crise alimentaire imminente, le gouvernement tchadien a récemment interdit l’exportation des céréales. Cette mesure vise à sécuriser les approvisionnements alimentaires et à contrer les effets d’une saison des pluies défavorable.

Le Tchad est également reconnu comme l’une des grandes puissances pastorales. Le pays abrite plus de 156 millions d’animaux, dont 11 millions de chameaux, ce qui lui confère une position de leader en matière de cheptel camelin. Cependant, cette richesse agricole et animale est mise à mal par la raréfaction des terres de pâturage. La compétition pour accéder à des espaces cultivables s’intensifie, provoquant des conflits fréquents entre agriculteurs, qui cherchent à étendre leurs champs, et éleveurs, qui ont besoin de zones de pâturage.

Non seulement ces tensions entraînent des rivalités locales, mais elles se traduisent parfois par des violences tragiques. Des incidents récents, comme l’attaque du village Oregom, où 17 personnes ont perdu la vie, ou le conflit de Madakaou en mai 2025, qui a fait 47 morts, illustrent l’escalade inquiétante des conflits communautaires au Tchad. Ces affrontements papent de la cohabitation entre des communautés qui, historiquement, faisaient preuve de solidarité.

Les défis ne se limitent pas seulement à la quête de terres. La sécheresse prolongée et l’appauvrissement des sols obligent les agriculteurs à adopter des pratiques comme la jachère ou le défrichement de nouvelles terres, parfois localisées dans des zones auparavant non exploitées. Ces défrichements sont souvent convoitée par les éleveurs, ce qui exacerbe les tensions. Parallèlement, l’accès à l’eau, indispensable non seulement pour l’agriculture mais aussi pour la survie des populations, devient de plus en plus critique, augmentant la pression sur les ressources existantes.

À cet égard, la croissance démographique joue un rôle non négligeable. Selon l’Institut national de la statistique, des études économiques et démographiques (INSEED), la population tchadienne pourrait atteindre 20 millions d’habitants en 2026, augmentant considérablement la demande pour des logements et des terres cultivables. Entre le recensement de 2009 et maintenant, le Tchad a enregistré une augmentation de plus de 8 millions de personnes, rendant la question de l’espace vital encore plus pressante.

L’accélération de l’urbanisation, provoquée par un exode rural massif, est également un problème à ne pas négliger. Face à la pauvreté et aux conflits, de nombreux Tchadiens quittent les campagnes pour chercher de meilleures opportunités dans les villes, laissant ainsi leurs terres et leurs villages de plus en plus dépeuplés.

Pour faire face à ces défis multiples, le gouvernement du Tchad est désormais appelé à diversifier et renforcer son soutien aux agriculteurs en promouvant des techniques d’agriculture résiliente. Il est essentiel d’investir dans des infrastructures qui permettent aux paysans de réduire leur dépendance aux eaux pluviales et de trouver des solutions durables pour atténuer les impacts des aléas climatiques.

La situation est complexe, et une réflexion approfondie est cruciale pour penser un avenir viable pour les zones rurales. Renforcer la résilience des campagnes est non seulement essentiel pour assurer la sécurité alimentaire, mais aussi pour préserver la stabilité sociale au Tchad.