Rhode Bath-Schéba Makoumbou : la voix du Congo au sommet « Lifelines » de Stockholm

Une exposition explorant les expériences vécues : « Lifelines »

« Lifelines », une exposition présentée par l’Espace d’art Eva Livijn, invite à un dialogue enrichissant entre diverses pratiques artistiques ancrées dans l’expérience vécue. À travers des médiums variés tels que la peinture, la performance, la photographie, le dessin, le textile, le film et la vidéo, les artistes mettent en lumière la vie quotidienne non pas comme un simple décor, mais comme une voix créatrice incontournable.

Une vitrine des expériences vécues

L’exposition prend racine dans l’œuvre de la sociologue Oyeronke Oyewumi, qui questionne la notion de genre en tant que principe structurant des interactions sociales. En s’appuyant sur cette théorie, les artistes exposants interrogent la réalité des femmes, la présentant comme un lieu d’élaboration et de négociation des rapports sociaux. Les récits présentés transcendent le simple témoignage, devenant des vecteurs de transformation, où mémoire, relations et aspirations se conjuguent dans un même élan créatif.

« Lifelines » regroupe des artistes issus de pays africains tels que l’Angola, le Botswana, le Burkina Faso, la République du Congo, l’Égypte, le Kenya, le Rwanda, l’Afrique du Sud, l’Ouganda, la Zambie et le Zimbabwe. Leurs œuvres dessinent des contours de territoires variés, entre litoral et intérieur, villes et zones rurales, rendant compte de la complexité des expériences partagées entre les diasporas et le continent.

Une voix unique : Rhode Bath-Schéba Makoumbou

Parmi les artistes participant à cette exposition, Rhode Bath-Schéba Makoumbou représente le Congo. Née à Brazzaville en 1976, elle découvre tôt l’art grâce à son père, le peintre David Makoumbou. Depuis 1989, elle s’engage activement dans le monde artistique, faisant de la condition des femmes africaines son principal sujet d’expression. À travers ses peintures à l’huile, souvent réalisées au couteau, Makoumbou offre une représentation vibrante et riche de la vie sociale féminine africaine.

Son style, profondément africain tout en étant influencé par des mouvements réalistes, expressionnistes et cubistes, témoigne d’un dialogue entre tradition et modernité. Depuis 2002, elle a étendu son champ d’expression aux sculptures, créant des œuvres monumentales à partir de sciure et de colle sur des structures métalliques, qui honorent les métiers artisanaux souvent en voie de disparition.

Makoumbou se consacre à la mémoire sociale et culturelle de l’Afrique et du Congo, abordant des sujets de respect et de diversité culturelle lors de ses interviews. Son art va au-delà de la simple esthétique : il ouvre des réflexions sur le rapport entre l’artiste et son public, tout en questionnant le sens même de l’art.

Un parcours international

Depuis 2003, Rhode Bath-Schéba Makoumbou s’est fait connaître à l’international, participant à plus de 220 expositions, tant individuelles que collectives, à travers le monde, dont une vingtaine dans son pays natal. Ses œuvres ont voyagé dans 19 pays, dont la France, la Belgique, les États-Unis, l’Espagne et le Canada, démontrant l’attrait universel de son travail.

Son engagement et sa reconnaissance artistique lui ont valu plusieurs distinctions, dont le Grand Prix des Arts et des Lettres décerné par le Président de la République du Congo en 2012. En 2013, elle a été faite officier de l’Ordre du Dévouement Congolais, un hommage à son impact dans le paysage artistique du pays, marqué par l’ouverture du Festival Panafricain de Musique (Fespam).

En 2018, elle a réalisé une sculpture emblématique de Patrice Lumumba, présentée à Bozar et au Kaaitheater à Bruxelles. Bien qu’elle partage son temps entre Bruxelles et Brazzaville, sa passion pour l’art et son ancrage culturel demeurent au centre de ses préoccupations.

Un espace de dialogue et d’impact

« Lifelines » ne se contente pas de présenter des œuvres, elle crée un espace de dialogue interartistique et social, où les expériences vécues des artistes résonnent avec celles des spectateurs. L’exposition, conçue par Ulrika Flink et réalisée en collaboration avec le Réseau des ambassadrices des femmes africaines dans les pays nordiques, illustre l’importance d’une telle initiative pour aborder les enjeux de genre et de société sur le continent africain et au-delà.

En mettant en lumière des artistes comme Rhode Bath-Schéba Makoumbou, « Lifelines » participe activement à la valorisation des voix féminines dans l’art contemporain, tout en invitant à réfléchir sur les thématiques interrogeant la condition humaine à l’échelle globale. Ce faisant, elle s’inscrit dans un contexte artistique et sociopolitique riche, favorisant une meilleure compréhension des luttes et des espoirs des femmes africaines d’aujourd’hui.

Cette exposition représente ainsi, non seulement une opportunité de découvrir des œuvres marquantes, mais aussi un appel à la reconnaissance et à l’interaction entre les diverses expériences de vie au sein de la diaspora africaine.